Le lauréat de l'Ours d'or, Nadav Lapid, a déclaré ne pas pouvoir assister au festival international du cinéma FID à Marseille, où il devait présenter son film "Le Policier". Ce retrait est provoqué par des appels au boycott visant sa participation.
Dans une interview accordée à l'AFP le 8 juin, le cinéaste, exilé en France, a qualifié cet appel de "cruel". "Il est très dérangeant, pervers et violant", a-t-il exprimé, disant que son dernier film, intitulé Oui (2025), dresse un tableau d'une société israélienne marquée par la vengeance suite aux événements tragiques du 7 octobre, souvent indifférente aux pertes humainesà Gaza.
La directrice du FID, Tsveta Dobreva, a précisé que l'appel au boycott avait été émis par des réalisateurs participants, qui avaient d'abord refusé de voir Lapid dans le jury, avant de s'attaquer à la projection de son film. "C'est à ce moment-là que Nadav Lapid a choisi de se retirer", a-t-elle indiqué.
En conséquence, "une dizaine de films" ont également annulé leur participation sur les 120 prévus, un fait que Dobreva a déploré. Dans un communiqué, le FID s'est élevé contre ce boycott, en soulignant qu'il est "illégitime de blâmer un cinéaste pour les actions de son gouvernement". Ils affirment que des voix critiques comme celle de Lapid doivent être entendues et valorisées.
Nadav Lapid a également partagé son sentiment de "vulnérabilité". Il a déclaré, "Quand j'ai vu la pression autour de ma présence, je me suis demandé si j'avais une place en France. Si je peux être effacé d'un événement aussi important, je me questionne sur mon rôle ici".
Des fonds publics au cœur de la controverse
Les partisans du boycott accusent Lapid d'avoir bénéficié de subventions publiques israéliennes pour son film, présenté à Cannes en 2025. Judith Lou Lévy, productrice de Oui, a clarifié que la subvention en question provenait d'un fonds public, indépendant, représentant seulement 12% du budget du film. "Il n'y a eu aucune exigence en retour, et le film aborde clairement la question de la politique israélienne", a-t-elle souligné.
Elle a également noté que cet appel au boycott complique le dialogue nécessaire sur des sujets sensibles, freinant la compréhension des enjeux abordés dans le film, qui critique ouvertement la politique israélienne.
Soutien du milieu cinématographique
Nadav Lapid, sans se laisser abattre, s'est déclaré "soulagé" par la tribune de soutien lancée par d'autres professionnels du cinéma, un mouvement auquel le FID a également adhéré. Intitulée Le cinéma n'est pas une ambassade, cette tribune, parue dans Le Monde, souligne que les travaux d'un artiste qui a ouvertement dénoncé la situation à Gaza ne devraient pas être utilisés à des fins politiques.
Parmi les près de 350 signataires figurent des personnalités comme Arthur Harari et Claire Denis, ainsi que des organisations comme la Société des réalisatrices et réalisateurs de films.







