L'essentiel La pédocriminalité met au jour les failles encore présentes dans la protection des enfants en France. Avec 82 recommandations de la Ciivise (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants), seulement 23 d’entre elles sont mises en œuvre. La France est-elle à l’aube d’un véritable #MeToo de l’enfance ?
À chaque nouveau scandale révélant des violences sexuelles commises contre des enfants, c’est toujours la même dynamique. La réaction des responsables politiques est immédiate ; ils promettent de faire de la protection de l’enfance une priorité. Pourtant, malgré cette prise de conscience, les défaillances persistantes de l'État demeurent alarmantes.
La mort récente de Lyhanna, couplée à des révélations sur des affaires telles que celle de Bétharram et des scandales récurrents touchant les structures périscolaires, suscite des interrogations sur la possibilité d’un véritable #MeToo de l’enfance en France, face à l’horreur de la pédocriminalité.
Un décalage entre l'affichage politique et la réalité du terrain
« On parle de grande cause nationale, mais derrière les discours, les actes ne suivent pas », déclare Laurence Beneux, autrice du livre Pédocriminalité : une hypocrisie française. En 2021, propulsée par l’affaire Duhamel et la libération de la parole sur l’inceste, la Ciivise avait pour mission de recueillir les témoignages des victimes et de recommander des réformes.
Pourtant, sur les 82 mesures préconisées en 2023, seules 28 % sont réellement appliquées, selon un rapport de la Ciivise publié récemment. En avril 2025, la CEDH avait déjà épinglé la France pour ses manquements dans le traitement judiciaire d’affaires de viol sur mineurs, renforçant l’idée que les promesses politiques ne se traduisent pas en actions concrètes.
Une criminalité mondiale aux profits colossaux
La pédocriminalité, en forte hausse depuis le confinement, génère des profits issus de l’exploitation sexuelle des enfants qui atteindraient plusieurs milliards de dollars chaque année. Laurence Beneux souligne que ces montants rivalisent avec ceux du trafic de drogue. Alors que l’internationalisation de ces crimes s’intensifie, la France peine à se conformer efficacement aux standards internationaux.
Pour lutter contre ces atrocités, l’Office des mineurs (Ofmin) a été créé en 2021 pour centraliser les enquêtes concernant les violences sexuelles faites aux enfants. Cependant, Béneux souligne que les ressources attribuées à cet office sont largement insuffisantes, poussant les enquêteurs à prioriser des cas en fonction de leur gravité, souvent au détriment d'autres victimes.
Une prise de conscience tardive ?
Les structures périscolaires, censées offrir un environnement protecteur, voient aussi éclater des affaires de violence sexuelle. En 2025, 15 enquêtes concernant ce type de délits ont été ouvertes à Paris, alors que l’affaire Bétharram reste une plaie ouverte. L’Église a d’ailleurs récemment exprimé ses inquiétudes face à des propositions de loi qui pourraient obliger les prêtres à dénoncer des abus entendus en confession.
La mort de Lyhanna pourrait déclencher un tournant, amenant la présidente de l’Assemblée nationale à demander une discussion urgente au Parlement sur une « loi intégrale » sur les violences sexistes et sexuelles. Géral Darmanin, ministre de l’Intérieur, a admis l’échec de l’État et s’est montré favorable à l’imprescriptibilité des crimes sur mineurs.
Les procureurs généraux doivent rendre compte au ministre de la Justice concernant les 70 000 plaintes pour viols et agressions sexuelles sur mineurs déposées en France. Il apparaît désormais comme un impératif pour la société française de ne plus feindre l'ignorance face à ce fléau.







