Hausse des températures mondiales, sécheresses et inondations : l’Organisation météorologique mondiale met en garde contre le retour d'El Niño cet été, qui pourrait engendrer des phénomènes météorologiques extrêmes à l'échelle mondiale.
Selon les données récentes de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), publiées le 2 juin, les "températures exceptionnellement élevées" des eaux du Pacifique tropical créent des conditions propices à la survenue d'un épisode El Niño. L'OMM estime à 80 % la probabilité qu'un épisode El Niño se produise "entre juin et août", avec un potentiel "au moins modéré, voire fort".
Ce phénomène climatique est susceptible d'induire des événements météorologiques extrêmes à travers le monde, même si leur intensité demeure difficile à prédire, comme l'explique Wilfran Moufouma Okia, chef des prévisions climatiques à l’OMM.
Quelles attentes vis-à-vis de cet épisode El Niño cet été ?
« El Niño entraîne un réchauffement global, même s’il reste temporaire. Bien qu'il émerge dans les tropiques, ses effets touchent une grande partie de la planète. »
« Lors d’un phénomène El Niño, les régions d’Afrique de l’Ouest, du Sahel, d’Afrique du Sud, et d’Asie du Sud-Est font face à des sécheresses, tandis que d'autres, comme le sud-est des États-Unis et la zone du Pacifique équatorial, connaissent des précipitations abondantes. Autrement dit, les réactions varient selon les zones géographiques. »
Des conséquences à affiner localement
« Il est crucial de noter qu'El Niño n'opère pas isolément. Il interagit avec d'autres phénomènes climatiques qui peuvent intensifier ou atténuer ses effets. Nos projections indiquent qu'un épisode El Niño allant de modéré à fort est à prévoir. »
Les pays sont-ils préparés à affronter les conséquences d'El Niño ?
« Nous allons collaborer avec les États et les services météorologiques nationaux pour contextualiser nos prévisions. L’essentiel est que ces entités adaptent l’information à leurs situations locales. »
« Nous espérons que les nations intégreront ces informations dans leur planification et préparation face à El Niño. Les modèles de l’OMM permettent des prévisions jusqu'à six mois à l’avance, offrant ainsi une chance d’anticipation. »
« Certaines conséquences, toutefois, dépassent la capacité d’un pays à y faire face seul, comme l’a montré l’épisode de 2023-2024, où une réduction des précipitations au Panama a eu un impact significatif sur le canal de Panama et, par conséquent, sur l'économie mondiale. »
Dans un contexte où le multilatéralisme est mis à mal, la coopération météorologique internationale est-elle efficace ?
« Il y a eu des avancées notables en matière de coopération. Les discussions et l’échange d'informations sur El Niño entre pays sont plus fréquents. Par exemple, les pertes humaines lors de l’épisode 2023-2024 étaient inférieures à celles de 1997, ce qui témoigne d'une meilleure préparation ou d'un apprentissage des expériences passées. »
« Cependant, chaque épisode d'El Niño est singulier. Parfois, un El Niño considéré comme faible entraîne des conséquences désastreuses. Selon les contextes et les pays, les impacts peuvent donc être comparables à ceux des épisodes les plus forts. »
« Il existe une lueur d'espoir concernant la communication, car les pays commencent à comprendre l'importance de partager les informations. Même dans des situations conflictuelles, des échanges de données se font, car pour anticiper un phénomène à l’autre bout du monde, il est essentiel de récolter des informations de tous les côtés. »







