Mathilde Durand
L'essentiel
- Procès jusqu’au 5 juin de vingt prévenus à Marseille pour trafic de drogue et blanchiment d’argent.
- Félix Bingui, chef présumé, est au centre d’une enquête complexe.
- Il réfute les accusations et parle de « ragots » qui l’entachent.
Félix Bingui scrute intensément la présidente pendant son interrogatoire. Dans la chaleur étouffante du tribunal correctionnel de Marseille, il s'angoisse, manipulant un élastique entre ses doigts tout en réfutant son implication dans un réseau de narcotrafic. Celui qu’on surnomme « Le Chat » est accusé, avec dix-neuf autres co-prévenus, de trafic de stupéfiants et de blanchiment d’argent.
Né à Alès, ce trentenaire est suspecté d’avoir dirigé des points de vente de drogue à Marseille entre 2021 et 2023, notamment celui de « La Fontaine » dans le 14e arrondissement. Les enquêteurs décrivent un rôle de leader, capable de gérer les finances et de prendre des décisions. Pourtant, Bingui s’en défend : « On me fait passer pour quelqu'un d’autre. Je ne suis pas violent, alors pourquoi les gens auraient peur de moi ? »
« Elles parlent… »
La présidente du tribunal évoque des enregistrements où des femmes proches du réseau parlent de pression et de soumission, désignant même certains membres comme ses « chiens-chiens » qui l’accompagnent à l’étranger. Bingui minimise ces allégations, arguant plutôt d'un quelconque respect lié à l'âge.
« Ces accusations sont purement le fruit de rumeurs. Je ne peux pas contrôler ce que les gens disent », rétorque-t-il, visiblement agacé. Il est particulièrement assailli par les déclarations d’une co-prévenue, Camille Chelo, qui l’accuse de responsabilité dans la mort de son mari, un ancien cadre du clan Yoda.
Bruits de la rue
« Ce ne sont pas les premières personnes à parler de moi », dit-il avec résignation. Accusations de « patron », de « tueur », entre autres qualificatifs qui circulent, le laissent perplexe. Il décrira ces rumeurs comme des informations sans fondement, typiques de l'environnement tumultueux où il évolue.
Le tribunal aborde également son train de vie luxueux : séjours à l'étranger, véhicules coûteux. Lorsqu'interrogé, il se justifie par des gains aux jeux et des économies, tout en rappelant ses précédentes condamnations pour trafic et détention d'armes.
Une guerre des clans
En 2023, 49 homicides liés à des rivalités entre le clan Yoda et d’autres groupes ont été recensés à Marseille. Bingui prétend n'avoir aucune crainte quant à sa sécurité, désignant la violence comme un fait éloigné de son quotidien.
« Je n’ai jamais fui à cause de la peur », affirme-t-il, malgré ses mouvements vers des pays comme l'Espagne et le Maroc. Cette ville, il la qualifie de source d’angoisse, malgré son attachement. Il continue son procès, espérant que la vérité finira par l'emporter dans ce dédale judiciaire.







