Des manifestations organisées à l'appel du collectif BougeTaPref se sont déroulées devant les préfectures des grandes villes françaises, comme Rennes, Lille, et Toulouse. Les participants ont dénoncé les complications administratives qui empêchent de nombreux étrangers d'accéder à leurs droits. Les obstacles rencontrés sont alarmants : impossibilité d'obtenir un rendez-vous, absence de réponse de l'administration, et délais interminables pour le renouvellement des titres de séjour.
À Rennes, des cartons avec des messages tels que « Acte de naissance non légalisé » ou « Session expirée » ont été alignés devant les grilles de la préfecture. « La préfecture est devenue une forteresse, impossible de les joindre », s’indigne Laure, militante au sein de BougeTaPref.
Les récits des manifestants sont poignants : des demandeurs d’asile décrivent l’angoisse liée à l’incapacité d’obtenir un simple rendez-vous. Thomas, originaire du Cameroun, témoigne : « J'attends désespérément un rendez-vous pour ma demande de titre de séjour, mais sans réponse, je suis dans l'incertitude. »
L’Etat sommé de corriger sa plateforme
La révolution numérique, censée simplifier les démarches, a au contraire engendré des complications considérables. Selon le Conseil d’État, il a été ordonné à l'État de remédier aux graves dysfonctionnements de la plateforme de l'Anef, qui régit toutes les démarches pour les étrangers. Le constat est clair : même en ayant tous les documents, des erreurs techniques se multiplient, rendant le processus presque kafkaïen.
Une fracture numérique inquiétante
Les membres de BougeTaPref soulignent que cette dématérialisation force souvent les plus vulnérables dans des situations précaires. Marie-Claude et Marie-Hélène, de l'association Déclic Femmes, alertent : « Beaucoup de femmes que nous accueillons ne maîtrisent ni le numérique ni la langue française, ce qui aggrave leurs difficultés. »
Régine Komokoli, élue LFI à Rennes, a également partagé son expérience : « Quand j'ai effectué mes démarches dans les années 2000, il y avait quelqu'un pour guider. Aujourd'hui, c’est comme entrer dans une prison. »
Les histoires des étrangers réguliers ne sont pas moins tragiques. Ada, aide-soignante, a vu son titre de voyage expirer. Malgré un dossier en règle, elle se retrouve dans l’incertitude. « Comment puis-je travailler si mon titre n’est pas renouvelé ? » s'inquiète-t-elle.
Les conséquences des délais
Eric, bénévole au Secours Catholique, constate les effets dévastateurs des retards. « Les délais sont en hausse car la préfecture manque de moyens pour traiter tous les dossiers, ce qui peut laisser des individus sans papiers, perdant alors emploi et droits sociaux. »
Enfin, la préfecture d’Ille-et-Vilaine, sollicité pour une réaction, a dirigé les questions vers une décision judiciaire, précisant que les services en ligne ne constituaient pas un obstacle pour les étrangers d'exercer leurs droits. Une défense qui peine à convaincre la centaine de personnes présentes lors de la manifestation.







