Un phénomène discret mais en hausse
Le cannabis cesse d'être l'apanage des jeunes et des mythes générationnels : la plante s'immisce peu à peu dans les pratiques de consommation des personnes âgées. Si, aujourd'hui, la part des seniors qui en consomment reste nettement inférieure à celle des plus jeunes — environ 10 % des 55-64 ans ont déclaré en avoir déjà pris, contre plus d'un quart des plus jeunes — la tendance est à la progression. Cette hausse s'observe particulièrement dans les pays où l'accès médical ou récréatif est assoupli, et elle reflète à la fois des motifs thérapeutiques et un regain d'intérêt récréatif.
Pourquoi certains seniors se tournent vers le cannabis
Plusieurs facteurs expliquent cet intérêt croissant : la recherche d'un soulagement de symptômes chroniques (douleurs, troubles du sommeil), l'atténuation de l'anxiété et des états dépressifs liés aux ruptures de parcours de vie (retraite, perte d'autonomie, isolement) ou la volonté d'essayer des alternatives quand les traitements classiques donnent peu de résultats ou entraînent des effets indésirables. L'image de la plante — naturelle et, pour certains, moins stigmatisée que d'autres psychotropes — renforce également son attractivité.
L'évolution des législations, notamment dans plusieurs États américains et dans d'autres pays, a normalisé son usage pour certaines catégories d'âge et facilité l'accès à des produits variés (huiles, gélules, produits alimentaires à base de cannabis ou de cannabidiol). En parallèle, la commercialisation du CBD a contribué à banaliser la présence du chanvre dans l'espace public.
Bénéfices potentiels et limites médicales
Des patients rapportent des améliorations sur la douleur chronique, le sommeil et certains troubles de l'humeur, et des essais cliniques explorent des effets neuroprotecteurs possibles. Cependant, les preuves restent mitigées et souvent limitées par la diversité des produits (taux de THC/CBD, modes d'administration) et par la qualité des études.
Chez les personnes âgées, il faut garder à l'esprit des risques spécifiques :
- interactions médicamenteuses avec des traitements courants (anticoagulants, psychotropes, antihypertenseurs) ;
- troubles cognitifs ou aggravation de la confusion chez des sujets fragiles ;
- risque de chute lié à des effets psychomoteurs (vertiges, somnolence) ;
- risque de consommation problématique ou de dépendance, même si les dommages sociaux sont souvent jugés moins lourds que ceux associés à l'alcool ou au tabac.
Enjeux politiques, sociaux et recommandations
La prohibition historique a été marquée par des objectifs parfois racialisés et répressifs, et la transition vers des politiques plus libérales crée des inégalités : certains acteurs s'enrichissent alors que d'autres restent pénalisés par d'anciennes condamnations. En France, l'usage récréatif reste interdit, tandis que des expérimentations médicales très encadrées ont démarré.
Pour accompagner la montée de la consommation chez les seniors, quelques pistes pratiques méritent d'être développées par les pouvoirs publics et les professionnels de santé :
- former les praticiens aux spécificités gériatriques liées au cannabis (posologie, interactions, surveillance) ;
- proposer des informations claires et accessibles aux personnes âgées et à leurs aidants sur les effets, les risques et les modes d'administration ;
- mettre en place des parcours de soin intégrant évaluation des bénéfices et des risques, alternatives thérapeutiques et suivi régulier ;
- encourager la recherche ciblée sur les populations âgées pour éclairer les recommandations cliniques.
Si le cannabis peut offrir un soulagement réel pour certains seniors, il n'est ni un remède universel ni sans danger. L'enjeu est désormais d'équilibrer accès, information et vigilance médicale afin que les bénéfices potentiels ne masquent pas des risques évitables.







