Le gouvernement envisage d'interdire les chaudières à gaz d'ici 2026 pour réduire les émissions du secteur du bâtiment. Alors que la concertation doit s'achever fin juillet, le dossier suscite des critiques : Bruno Le Maire a exprimé son opposition publique et l'association UFC Que Choisir dénonce un projet précipité, incomplet et potentiellement coûteux pour les ménages. Aujourd'hui, environ 12 millions de Français se chauffent au gaz.
bilan environnemental et contraintes techniques
L'association de consommateurs pointe l'absence d'une évaluation solide des bénéfices environnementaux avant de fixer un calendrier. Selon elle, remplacer massivement les chaudières au gaz par des pompes à chaleur pourrait augmenter la demande électrique et, à court terme, solliciter des moyens de production d'appoint plus polluants lors des pics de consommation. Le résultat net dépendra donc fortement du mix électrique et de la capacité à développer des solutions flexibles et décarbonées.
Autre angle majeur : l'état du parc immobilier. L'UFC rappelle que 70% des logements chauffés au gaz sont insuffisamment isolés et qu'environ 12% constituent des passoires énergétiques. Installer une pompe à chaleur dans un logement mal isolé revient souvent à déplacer le problème sans réduire réellement la consommation d'énergie. De plus, certaines configurations — habitats collectifs, chaudières individuelles dans des immeubles, contraintes techniques — limitent l'aptitude à remplacer simplement une chaudière par une pompe à chaleur.
quel coût pour les ménages et quelles solutions d'accompagnement
Le volet financier est au cœur des préoccupations : UFC Que Choisir estime qu'un passage à une pompe à chaleur aérothermique peut générer un surcoût pouvant atteindre 7 000 € pour certains ménages après les aides actuelles. Tous les foyers ne peuvent pas mobiliser une telle somme, d'où l'appel à renforcer les dispositifs d'aide et de crédit.
Parmi les pistes évoquées pour limiter l'impact économique et technique figurent :
- renforcer les aides existantes (MaPrimeRénov', certificats d'économie d'énergie), multiplier les aides locales et étendre l'éco-prêt à taux zéro ;
- prioriser les travaux d'isolation pour réduire les besoins de chauffage avant de remplacer l'équipement ;
- promouvoir des solutions alternatives quand la pompe à chaleur n'est pas adaptée : réseaux de chaleur, chaudières à biomasse, systèmes hybrides, ou préparations pour l'hydrogène lorsque la filière sera mature.
La réussite d'une éventuelle interdiction dépendra donc d'un ensemble cohérent : diagnostiquer les logements, subventionner les travaux d'isolation, adapter les aides selon les revenus et la configuration des logements, et coordonner la montée en puissance d'une électricité réellement décarbonée pour éviter de compenser les gains par des émissions indirectes.
En l'état, le débat montre qu'une mesure stricte sans filet social, sans plan technique détaillé et sans évaluation claire des impacts risque de générer des coûts importants pour les plus fragiles et des impasses techniques dans certains logements. La concertation en cours devra trancher entre accélération de la transition et garanties d'équité et d'efficacité environnementale.







