Pour les développeurs comme Alexis, l'IA est devenue un partenaire de travail permanent. "On a recours à l'intelligence artificielle pour améliorer notre code, suggérer des ajouts et résoudre des problèmes", confie-t-il, soulignant cependant que cette dépendance ne simplifie pas leur tâche. Selon lui, les lignes de code générées par l'IA manquent souvent de qualité.
"La véritable qualité, c’est quand le code reste fonctionnel au fil du temps, que l'on peut y apporter des modifications, des ajouts et qu'il continue de fonctionner", raconte-t-il à BFM Business. Un des principaux risques, c'est que le développeur n'arrive pas à comprendre les ajouts de l'IA. "L'intégration d'un code mal maîtrisé peut altérer l'intégrité de l'ensemble du projet," avertit-il.
"Avant, c’était une tâche réservée aux juniors, mais maintenant, l’IA peut exécuter ce type de travail," constate-t-il.
"Il faut une expertise très solide pour pouvoir les contredire"
Pierre Maoui, directeur technique chez Qwarry, partage cette observation de l’omniprésence de l’intelligence artificielle. Évoluant avec quatre autres développeurs, il utilise intensivement ces outils, notamment en discutant continuellement avec la machine. Pourtant, il n'a pas constaté d’augmentation significative de la productivité. "Après 50 allers-retours avec l'IA, on se demande si nous ne pourrions pas plus efficacement réaliser le travail nous-mêmes," s'interroge-t-il.
Malgré cela, il se refuse à abandonner l’IA, escomptant que sa performance s'améliorera. "Le problème majeur réside dans la certitude excessive des IA ; il faut une vraie expertise pour les contredire, ce qui complique l'embauche de jeunes sans cette capacité," exhume-t-il, s'inquiétant de la difficulté croissante à recruter des profils juniors.
"Un junior devient superflu car l’IA exécute ses tâches sans que celui-ci puisse les corriger. Embaucher un junior prend une tournure philanthropique," dit-il.
Une autre barrière à l'embauche des jeunes diplômés est la rapidité d'évolution des outils. "Former des jeunes sur un outil qui pourrait devenir obsolète sous peu représente un gros risque, entraînant pour les start-ups la tentation de privilégier les seniors," ajoute Maoui.
"Au lycée, ils pensent encore que c’est l’Eldorado"
Bien qu'il anticipe deux nouvelles recrues dans son équipe, Pierre Maoui prédit une diminution des besoins en développeurs à long terme. Cette situation génère des inquiétudes parmi les salariés quant à leur securité d'emploi, particulièrement en raison des licenciements en cascade chez des géants comme Meta, Amazon et Google.
Une étude de l’Apec révèle une chute de 18 % des embauches dans l'informatique, et l'Insee indique que, pour la première fois en deux décennies, l'emploi dans le secteur ne suit plus la hausse d’activité. Cela suggère que l'IA pourrait non seulement améliorer la productivité, mais entraîner une réduction des effectifs.
Pierre Maoui encourage les développeurs à approfondir leurs compétences métiers. "Être développeur dans l'automobile, par exemple, requiert de comprendre les enjeux de production et d'apporter de la valeur ajoutée. Cela peut faire toute la différence dans votre parcours," assure-t-il.
La tension est palpable dans les universités. "Les étudiants sont très angoissés," témoigne Alexis qui enseigne également à l'université. "Au lycée, ils croient que c'est l’Eldorado mais la réalité est très différente : le marché devient très étroit. Ils sont inquiets sans réaliser pleinement à quel point l’embauche est devenue difficile," conclut-il.
Étonnamment, bon nombre d'étudiants en informatique s’initient à l'IA dès leur formation, mais cela réduit leur compréhension des fondamentaux. "Mes étudiants l’adoptent rapidement, je constate qu'ils intègrent des morceaux de code compliqués qu'ils ne maîtrisent pas vraiment. Cela menace leur maîtrise des bases," prédit le professeur.
"Beaucoup veulent sortir de l’IT"
Au-delà des préoccupations liées à l'emploi, le cœur même du métier de développeur est également en mutation. "Mon supérieur considère que nous gagnons 20 % de productivité grâce à l'IA. Si un projet me prenait auparavant 5 jours, j'ai maintenant l'obligation de le finaliser en 4 jours," explique Alexis.
Néanmoins, cette approche n'est pas aussi simple. "La majorité de mon temps est consacrée à la conception de la solution plutôt qu'à son développement. Réfléchir à l'architecture prend du temps mais garantit une meilleure durabilité," souligne-t-il.
"Avec l'arrivée de l'IA, notre travail s'apparente à une production de masse, où la productivité prime sur l'expérience utilisateur," déplore Alexis.
Sa frustration grandissante l’amène à envisager une réorientation professionnelle. "C'est un sentiment général parmi mes collègues; beaucoup cherchent à quitter le secteur de l'IT."







