Médecin urgentiste et ancien membre du Bataillon des marins-pompiers de Marseille, Vincent Laforge se distingue également en tant qu'expert reconnu dans le domaine des armes à feu. Avec plus de vingt ans d'expérience, il a publié en 2019 un ouvrage intitulé « La Chair et le Plomb ».
Selon Laforge, malgré le retentissement médiatique conséquent, les homicides par balle ne représentent qu'environ 15 % des meurtres en France. Dans une interview, il souligne l'importance de comprendre la complexité de ce phénomène, qui, bien que spectaculaire, est souvent mal interprété.
Également membre de la Compagnie nationale des experts en armes et munitions, il constate que la majorité des victimes de règlements de comptes sont déjà décédées avant l’arrivée des secours. Laforge explique que malgré des innovations en médecine, la rapidité et la puissance des armes modernes rendent souvent les interventions médicales tardives et inefficaces.
« Avec une kalachnikov et une trentaine de balles dans le chargeur, la messe est dite », déclare-t-il. Cette réflexion met en lumière la prévalence des armes automatiques dans les milieux criminels, où même des amateurs, motivés par l'argent ou la reconnaissance, prennent des décisions mortelles. Les compétences des tireurs sont souvent compensées par l'utilisation d’armes sophistiquées, entraînant un accroissement des victimes innocentes.
« Beaucoup de tueurs sont de tristes amateurs, des gamins embauchés pour un contrat à 5 000 euros. »
En dépit des avancées médicales, notamment concernant les traitements anti-hémorragiques, le nombre de morts dus à des blessures par balle demeure préoccupant. Laforge fait référence aux leçons tirées des conflits militaires, soulignant que la formation des équipes médicales aux blessures par arme à feu est devenue indispensable, notamment à Marseille, où ces cas sont fréquents.
« Dans ces zones, un médecin formé est crucial, car la prise en charge d'une plaie de kalachnikov est devenue une compétence essentielle », confie-t-il, soulignant le besoin d'une préparation adaptée face à la montée de la violence.
Pour terminer, Laforge note que, bien que les armes à feu reçoivent une attention particulière, un grand nombre d'homicides sont également le fait d'armes blanches. En moyenne, à Marseille, un tiers des meurtres sont commis avec des fusils de chasse, une réalité parfois négligée dans le débat public.
Les expertises de Vincent Laforge, ainsi que ses expériences sur le terrain, apportent un éclairage crucial sur une problématique de sécurité publique qui nécessite une attention constante et des interventions adaptées.
(1) Éditions L’Harmattan, collection Acteurs de la science. Vincent Laforge publiera également le 18 juin prochain « Secrets d’urgentistes » chez Mareuil Éditions.







