L'autrice franco-iranienne de "Persepolis" a laissé une empreinte indélébile dans le monde littéraire et artistique.
Marjane Satrapi est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, laissant derrière elle un parcours artistique hors du commun. Son décès, annoncé le 4 juin 2026, survient un an après celui de son époux, Mattias Ripa. Le communiqué de ses proches évoque une "mort de tristesse".
Originaire d'Iran, Marjane a grandit dans une famille d'intellectuels engagés, ce qui a profondément influencé son œuvre. Exilée en France en 1994 et naturalisée en 2006, elle avait brillamment narré dans Persepolis son enfance durant les répressions politiques, évoquant une période difficile sous la République islamique et son départ vers l'Occident. Le célèbre dessinateur Joann Sfar a partagé sa peine sur Instagram en déclarant : "Tu as changé le monde avec des bandes dessinées et tu t’en foutais des bandes dessinées. J’ai perdu ma sœur jumelle." Riad Sattouf, également, a salué son œuvre et son impact, affirmant : "Son œuvre a ouvert une voie que beaucoup ont suivie, et moi le premier."
À travers un style graphique simple mais puissant, servi par des illustrations en noir et blanc, Marjane Satrapi a su capturer la complexité de son pays d'origine et les bouleversements engendrés par l'arrivée au pouvoir de l'ayatollah Khomeini en 1979. Persepolis, qui a remporté le Prix au festival d'Angoulême en 2001, a vu son succès s'étendre avec une adaptation cinématographique, co-réalisée par Satrapi en 2007, qui a été primée à Cannes. "Même si ce film est universel, je tiens à le dédier à tous les Iraniens," avait-elle déclaré, réaffirmant son engagement comme critique de la République islamique.
"Marjane Satrapi porta la cause du peuple iranien et l’étendard du droit des femmes," a salué Emmanuel Macron, rendant hommage à cette artiste fervente, dont le parcours a transcendé les frontières. Marjane est devenue un symbole de résistance, transformant son enfance en une fable universelle.
Un parcours enrichissant : de la bande dessinée au cinéma
Suite à la révolution iranienne et à l'horreur de la guerre Iran-Irak, elle a été envoyée au lycée français de Vienne à l'âge de 14 ans, avant de faire ses études aux beaux-arts à Téhéran. Elle rejoint ensuite la France où elle poursuit à l'école des arts décoratifs de Strasbourg. "La France est une terre d’accueil," confiait-elle à La Nouvelle République en 2020.
À Paris, elle a été intégrée à l’Atelier des Vosges, un lieu d’échanges d'idées créatives. C'est en découvrant l'œuvre Maus d'Art Spiegelman qu'elle a décider d'explorer la bande dessinée. Après la série Persepolis, elle a poursuivi avec d'autres œuvres comme Broderies en 2003 et Poulet aux prunes en 2004, qui lui ont valu de prestigieuses récompenses. Toutefois, elle a choisi de se tourner vers le cinéma, soulignant : "Je sais le faire et si je continuais, j’aurais l’impression d’être dans l’imposture. Il me faut toujours évoluer."
Un héritage culturel vibrant
En 2024, Satrapi a coordonné le recueil Femme vie liberté, une œuvre collective née suite à la révolte de la jeunesse iranienne en réaction à la mort tragique de Mahsa Amini. "Elle a consacré son œuvre et sa voix à la défense des femmes iraniennes," a exprimé la Fondation Narges Mohammadi, rendant hommage à sa contribution unique et à son influence durable dans le domaine de la culture.
En 2025, Marjane a refusé la Légion d’honneur, critiquant l’hypocrisie de la France face à l’Iran, rappelant le sort des artistes et dissidents qui ont été privés de liberté. "Le refus de la Légion d’honneur n’est en aucun cas une action contre la France. J’aime profondément ce pays qui est le mien," a-t-elle précisé. Marjane Satrapi a laissé une empreinte indélébile ; son œuvre continuera d'inspirer et d'éveiller les consciences pour les générations à venir.







