À la croisée du salon de thé et de l'atelier créatif, les cafés céramique prennent d'assaut les villes françaises. Ces espaces invitent les visiteurs à se déconnecter du quotidien, en s'adonnant à la peinture d'objets en céramique tout en savourant un latte macchiato. Embarqués dans l'essor du "fait main", ces établissements fleurissent à travers le pays.
"Au bureau, je suis constamment derrière un écran. Ici, je délaisse mon téléphone pendant deux heures", raconte Marilou, 35 ans, en train de peindre un repose-cuiller dans l'un des quatre cafés céramique de Strasbourg. Un cinquième établissement est d'ailleurs prévu dans les mois à venir.
À Paris, on recense près d'une dizaine de ces cafés, tandis que Bordeaux abrite cinq adresses, et Lyon, quatre. D'autres grandes villes, telles que Londres, Berlin et Bruxelles, suivent également cette tendance, qui connaît un essor notable au sein de la communauté.
Marilou, déjà une habituée, s'entoure d'autres amateurs de peinture, captivés par leurs tasses, assiettes et vases. Dans une ambiance chaleureuse où les tableaux vintage côtoient le parfum du café, chacun s'applique à créer son chef-d'œuvre.
Les aficionados de la céramique, majoritairement des femmes, réservent l'un des 17 créneaux hebdomadaires, chacun pouvant accueillir jusqu'à 30 personnes. Après avoir sélectionné leur pièce (presse-citron, coupelle, plat...), ils reçoivent des conseils sur les couleurs avant de se lancer dans la peinture, accompagnés d'une boisson ou d'un petit en-cas.
Une fois le travail accompli, les clients peuvent récupérer leur création après plusieurs semaines, le temps nécessaire pour le séchage, l'émaillage et la cuisson. Les tarifs varient en fonction des pièces, avec des prix allant de 20 euros pour un petit vase à 48 euros pour une carafe. En ajoutant la consommation de boisson et de grignotages, le budget moyen par séance est d'environ quarante euros.
- Une tendance boostée par les réseaux sociaux -
D'après Ronan Chastellier, sociologue des tendances, ces cafés répondent à un besoin grandissant d'activités manuelles, renforcé par la dynamique des réseaux sociaux. "Créer peut être extrêmement gratifiant. Dans une époque d'intermédiation, produire quelque chose de tangible apporte une réelle satisfaction", souligne-t-il. Pour lui, ces espaces favorisent également les interactions humaines.
Les gérants constatent que la pratique du "fait main" permet à leurs clients de s'évader. "C’est un moment suspendu dans le temps où nous sommes trop occupés à créer pour penser à autre chose", s'enthousiasme Chloé Marot, passionnée de céramique et propriétaire de son café à Rennes.
Dans son café, Ismail Seftali a noté que les clients laissent souvent leur téléphone de côté. La peinture sur céramique exige une concentration telle qu'elle aide à oublier les tracas quotidiens. Carine Wohlhuter, cogérante d’un autre établissement de Strasbourg, partage cet avis : "Cela fait un bien fou." Elle ambitionne d'ouvrir plusieurs nouvelles boutiques en Alsace d'ici la fin de l'année.
Face à l'essor de cette tendance, la concurrence se renforce. Eugénie Dias Machado, gérante d'un café pionnier à Strasbourg, mentionne qu'il est crucial de fidéliser la clientèle : "Il y a tant d'ouvertures que cela peut être inquiétant." Toutefois, sa boutique, comptant une quinzaine d'employés, affiche souvent complet le week-end, et elle reste confiante quant à l'avenir de ce concept innovant.







