Les artificiers face à un été noir : le 14 juillet sous le signe des annulations

Les artificiers voient leur chiffre d'affaires s'effondrer à l'approche du 14 juillet.
Les artificiers face à un été noir : le 14 juillet sous le signe des annulations

Les annulations de feux d'artifice se multiplient à l'approche du 14 juillet, laissant les professionnels désemparés. Pour eux, cette journée représente souvent l'essentiel de leur chiffre d'affaires.

Le 14 juillet est généralement une des journées les plus lucratives pour les artificiers, mais cette année, les abandons s'enchaînent. "95 % de mes commandes de collectivités ont été annulées, ce qui représente une perte de 100 à 120 000 euros", a déploré Pierre Laming, gérant de Sainte-Barbe Artifices, dont les activités se concentrent sur la Bretagne et les Pays de la Loire, dans une interview pour Ouest-France. Les professionnels du secteur ont en effet déjà acquis les matériaux nécessaires tout en avançant les frais, bien que peu de communes prévoient de verser un acompte. "On commande, on paie, on reçoit les produits... et on ne les utilise pas", résume Kévin Guinand d'Éclats Étincelants, cité par Franceinfo.

Cette escalade d'annulations survient alors que le risque d'incendie est alarmant. Le lendemain, près de Fontainebleau, 800 hectares ont brûlé. Depuis le début de l’année, 32 000 hectares ont été affectés par les flammes, un chiffre qui dépasse déjà tout ce qui était enregistré en 2022, selon Laurent Nuñez, préfet de police de Paris.

Pour le 14 juillet, pas moins de 89 départements courent un risque d'incendie de modéré à élevé, d'après Météo France. Toutefois, la décision d'interdire ou non les feux d'artifice revient aux préfets et maires. Par exemple, malgré les alertes, le Val-de-Marne maintient son feu d'artifice, tandis que la Seine-et-Marne et d'autres départements annulent leurs spectacles.

Des assurances inaccessibles

Kévin Guinand admet que la prudence est justifiée face au risque d'incendie. Cependant, Pierre Laming estime que ces interdictions généralisées ne sont pas justifiées : "C'est inacceptable. Les feux causés par des spectacles professionnels sont extrêmement rares", a-t-il déclaré à Ouest-France. Cédric Bonjour, de la société Arti Dream, renchérit et souligne que la majorité des incendies sont d’origine criminelle ou imputables à des négligences humaines.

En outre, il déplore le manque de soutien de certaines communes qui se disent contraintes par les arrêtés préfectoraux à quelques jours de l'événement. Les assurances pour ces spectacles sont souvent prohibitifs, requérant jusqu'à 10 % du montant total, ce qui dissuade de nombreux artificiers de souscrire, les forçant à recourir à des prêts bancaires.

D'autre part, MétéoRed évoque également une contrainte logistique : les pompiers sont déjà en alerte sur plusieurs feux de forêt, et il leur est difficile d’assurer à la fois la surveillance des incendies et celle des feux d'artifice. Cédric Bonjour conteste cependant cette vision, affirmant que "notre équipe gère la situation en temps réel pour éviter tout départ de feu".

Changer de lieu ou reporter à Noël

Au lieu de renoncer complètement, certaines villes envisagent des solutions alternatives. Par exemple, à Monteux, le feu d’artifice sera tiré depuis le lac de Beaulieu le 21 août ; une décision qui répond à une réduction de budget mais aussi à des préoccupations sécuritaires, comme rapporté par La Provence.

D'autres municipalités choisissent de reporter la célébration, comme certaines mairies qui acceptent de décaler leurs feux à la fin de l'été ou en septembre. Dans l'Hérault, le seul tir encore programmé pour le 14 juillet aura lieu à La Grande-Motte, tandis que d'autres communes côtières ont opté pour l'annulation, même en présence d'une dérogation préfectorale pour les tirs nautiques.

Dans certaines zones comme la Haute-Loire, les feux d'artifice restent strictement interdits. Pierre Laming souligne que "70 % des municipalités avec lesquelles je collabore m'ont sollicité pour des spectacles en fin d'année", bien que la réglementation limite la conservation des feux d'artifice à quinze jours.

Le secteur des feux d'artifice encaisse ainsi un coup dur, et selon un porte-parole de la société Ruggieri, spécialisée dans les spectacles pyrotechniques, "la santé de notre industrie a déjà été altérée suite aux crises de ces dernières années, et ces nouvelles annulations compliquent encore la reprise". Les professionnels espèrent que cette crise sera temporaire.

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