Un rapport récent du Guardian met en lumière l'ampleur d'une épidémie de VIH qui a pris des proportions inquiétantes aux îles Fidji. Selon ce reportage publié le 9 mars, le pays fait face à ce que l'on décrit comme "l'épidémie de VIH à la croissance la plus rapide au monde".
Lors des six premiers mois de 2025, plus de 1 200 nouveaux cas de séropositivité ont été rapportés, une tendance qui soulève de vives inquiétudes au sein des autorités sanitaires. L’épidémie aurait enregistré une augmentation stupéfiante de 3 091 % depuis 2010, ce qui, selon le rapport 2025 du Programme commun des Nations Unies sur le sida, donne une idée de l'urgence de la situation.
Le Dr Jason Mitchell, responsable du programme de lutte contre le VIH aux Fidji, indique que la mortalité infantile liée au virus est également alarmante, avec en moyenne un bébé par mois décédant l’an dernier. La combinaison de la montée en puissance du narcotrafic et d’une consommation croissante de méthamphétamines exacerbe la crise. "48 % des personnes infectées déclarées l'ont été en raison de l'usage intraveineux partagé de substances", souligne-t-il.
Face à cette situation, le gouvernement fidjien a déployé un plan d'action ambitieux finançant millions d’euros pour distribuer des seringues propres et sensibiliser la population. Cependant, la stigmatisation culturelle liée au VIH pose un obstacle majeur à l'éradication de ce fléau. De nombreux Fidjiens craignent le jugement social, allant jusqu'à s’opposer aux tests de dépistage.
Une crainte manifeste du “qu’en-dira-t-on”
D’après le Guardian, la gestion de l'épidémie est également entravée par des croyances ancestrales. Christopher Lutukivuya, chercheur et militant, explique que certains assurent que "vivre avec le VIH signifie être impur". Cette vision engendre une autostigmatisation, rendant difficile le dépistage et les traitements, pourtant gratuits.
"Personne ne veut faire de dépistage à cause du qu’en-dira-t-on", confie Edwina Biyau, fondatrice de la Daulomnai Safe Home, qui accompagne les personnes touchées par la toxicomanie et le VIH. De nombreuses personnes ne reviennent pas chercher leurs résultats, ce qui complique davantage la lutte contre l'épidémie.
Pourtant, le Dr Mark Jacobs de l’Organisation mondiale de la santé souligne que détecter de nouveaux cas pourrait être un indicateur positif, permettant de mieux comprendre l'ampleur de la crise. Actuellement, l'écart entre le chiffre estimé des cas et les personnes réellement dépistées est préoccupant.
Il est essentiel que les Fidjiens soient encouragés à dépasser leur peur du regard des autres pour prendre soin de leur santé et de celle de leur communauté.







