"Toulon a résisté" : la maire sortante Josée Massi, peu en vue mais résolue, a su constituer un solide barrage républicain, déjouant les espoirs du Rassemblement National (RN) incarnés par sa porte-parole médiatique Laure Lavalette.
En reconnait sa défaite, Lavalette a déclaré : "Cette défaite est la mienne, j'en assume la pleine responsabilité", tout en admettant la difficulté de faire face à un front uni qui a rassemblé Les Républicains (LR) et La France Insoumise (LFI), obtenant 47,65 % des voix.
"C'est incroyable, les gens sont bêtes à bouffer du foin", s'est énervée Patricia Gaspard, militante convaincue que Toulon mérite "du sang neuf". En revanche, Josée Massi, 75 ans, a sobrement commenté : "Toulon a résisté, notre ville est forte et pleine de caractère".
"Massi a mené une campagne franche, fidèle à elle-même", souligne Isabelle, une électrice de 51 ans. "Lavalette, certes charismatique, n'est pas en adéquation avec l'esprit de Toulon", ajoute Isabelle Santiago, 54 ans.
Cette victoire, 30 ans après l'élection d'un maire FN à Toulon, est un revers cinglant pour la députée RN laure Lavalette, qui avait misé sur une campagne de personnalisation extrême, notamment avec des figures locales comme des héros de la BAC Nord et des Miss Var. La candidate a même omis de mentionner le RN, se présentant simplement comme "Laure pour Toulon".
Tout au long de la campagne, ses adversaires n'ont cessé de remettre en question sa sincérité, la qualifiant de "duplicitée" en raison de son passé au sein du RN, où elle a été porte-parole de Marine Le Pen. Dans un département où le RN a marqué de nombreux points - avec sept députés sur huit en 2024 - seule Toulon a su leur résister.
La défaite est d'autant plus difficile à encaisser pour le RN, qui voyait en Toulon un objectif majeur, Marine Le Pen déclarant même qu'une victoire dès le premier tour était envisageable lors d'un déplacement en février.
Le RN a également échoué à vaincre le maire sortant à Draguignan, une autre sous-préfecture du Var.
Cependant, la métropole de Toulon Provence Méditerranée va voir son paysage changer avec des victoires RN à La Seyne-sur-Mer et à Six-Fours-Les-Plages. "Je vais collaborer avec tous les maires élus", a assuré Josée Massi.
- Pas une "mamie Nova" -
Dès le premier tour, où Lavalette était arrivée à 42 % contre 29 % pour Massi, un barrage républicain s'est formé, avec le retrait du sénateur LR Michel Bonnus, qui avait recueilli 16 % des voix. Josée Massi a alors déclaré que "l'heure est grave", rappelant les erreurs du passé liées à la victoire FN de 1995, marquée par un clientélisme dévastateur.
Une mobilisation générale s'est opérée pour cette élection, ralliant des personnalités comme l'acteur Charles Berling, la chorégraphe Régine Chopinot et le footballeur Bafé Gomis, attisant un vivre-ensemble contre le RN.
"Je suis une personne ordinaire", répète souvent Madame Massi, issue d'une fratrie de six enfants dans un quartier HLM de Toulon. Élu dans les années 80 sur une liste socialiste, elle retrouve la politique dans les années 2010, quand Hubert Falco, figure de la droite varoise, lui demande de rejoindre son équipe au conseil municipal.
Propulsée maire en mai 2023 après la démission de Falco, condamné pour détournement de fonds, Massi a connu un "tsunami" d'apprentissages, se disant passionnée par son nouveau rôle. Alors que Falco, définitivement condamné, lui demandait d'être candidate, les choses prenaient un tournant inattendu, et elle a su remporter cette élection en se dégageant de toute image stéréotypée, s'affirmant ainsi comme bien plus qu'une "mamie Nova".







