Des chercheurs américains ont voulu comprendre notre attirance pour la nourriture riche en graisses saturées et pourquoi nous éprouvons tant de difficultés à gérer cette consommation. Décryptage.
Imaginez-vous dans un restaurant, le regard hésitant entre un pavé de saumon accompagné de légumes vapeur et un cheeseburger bien garni, avec un supplément de frites. Pendant ce temps, un ami peut en être à son paquet de chips, tout en n'ayant plus vraiment faim. Ces envies semblent rarement surgir pour des légumes comme les choux de Bruxelles. La question se pose alors : qu'est-ce qui rend le gras si désirable et si difficile à contrôler ? Des chercheurs américains ont étudié ce phénomène, qualifié d'"obésité hédoniste", leur étude étant publiée dans la revue scientifique Heliyon.
le gras appelle le gras
C'est cette attirance qui peut nous pousser à enchaîner un repas dans un fast-food, même peu de temps après un premier. La médecin nutritionniste et psychosomaticienne Nina Cohen-Koubi explique que "les produits gras séduisent nos papilles grâce à leur onctuosité. Étant dépourvus de protéines, ils ne rassasient pas et nous incitent à en consommer davantage". De plus, le sucre présent dans ces plats accroit notre appétit en faisant grimper notre glycémie.
Il est crucial de noter que tous les gras ne sont pas nuisibles. Les acides gras essentiels, tels que les oméga 3 et 6, sont indispensables pour notre organisme et se trouvent dans des aliments comme les poissons gras et les huiles végétales. "Ils contribuent à notre équilibre nutritionnel et sont vitaux pour notre cerveau et notre peau," ajoute Nina Cohen-Koubi. En résumé, il s'agit de choisir judicieusement nos graisses tout en évitant les sucres raffinés, souvent chargés d'additifs qui agissent sur notre cerveau comme une drogue.
une nourriture trop riche est comme une drogue dure
Malgré tout, nous continuons à nous faire plaisir avec des sucreries et de la malbouffe, souvent nommées "comfort food", apportant un réconfort momentané. Une étude menée en avril 2014 par des chercheurs du CNRS Paris Diderot a révélé que ces aliments, riches en triglycérides, stimulent les mêmes circuits de récompense que ceux activés par des drogues dures. En 2013, lors du 245e congrès annuel de l'American Chemical Society, l'allemand Tobias Hoch avait aussi exploré les effets stimulants des chips sur ce système.
Ce plaisir éphémère crée un cycle néfaste : "Manger mal entraîne une prise de poids, ce qui réduit le nombre de récepteurs à insuline dans le cerveau, provoquant fatigue et régime de faim renouvelé," conclut la nutritionniste. Un cercle vicieux qui se révèle préoccupant, surtout lorsque l'on considère qu'en France, un Français sur dix est désormais obèse, contre un sur vingt il y a deux décennies.
(1) Chiffres OCDE, juillet 2014.







