Alors que la vente de livres diminue, les librairies s'interrogent sur leur avenir et explorent des pistes de diversification, allant jusqu'à ouvrir des cafés ou à vendre de la papeterie et des jeux pour compenser le déclin des achats.
Ce sujet sera au cœur des discussions durant les Rencontres nationales de la librairie, qui se tiendront ce week-end à Rennes, rassemblant 1.200 professionnels du secteur.
- Pourquoi se diversifier?
La situation des librairies devient préoccupante.
"Ces établissements subissent un effet ciseaux : la vente de livres neufs retombe, alors que les frais liés aux loyers, salaires et transports ne cessent d'augmenter. Beaucoup se retrouvent en difficulté", déclare Alexandra Charroin Spangenberg, présidente du Syndicat de la librairie française (SLF). La rentabilité des librairies demeure l'une des plus faibles, se chiffrant à seulement 1% de marge.
Marques phares comme Gibert et Nosoli, propriétaire des groupes Furet du Nord et Decitre, ont récemment fait l'objet d'un redressement judiciaire, tandis que d'autres librairies, comme Sauramps à Montpellier, peinent également.
Les fermetures impactent aussi les petites librairies. Depuis 2023, environ 60 à 75 des 600 nouvelles librairies créées entre 2019 et 2024 ferment leurs portes chaque année, d'après le Centre national du livre (CNL). Malgré tout cela, la France conserve le réseau de librairies indépendantes le plus dense au monde, avec environ 3.400 établissements.
- Comment attirer de nouveaux clients?
Ici, l'approche varie d’un libraire à l’autre, chacun tentant d'élargir sa clientèle au-delà des simples amateurs de livres.
"Je cherche à diversifier l'expérience que nous offrons pour que ceux qui entrent laissent leurs soucis à la porte", témoigne Amanda Spiegel, libraire à Montreuil (Seine-Saint-Denis) et vice-présidente du SLF. Parmi les initiatives, sa librairie propose désormais papeterie, loisirs créatifs, cartes postales et jeux de société, offrant ainsi des marges plus importantes, comme le font par ailleurs des enseignes comme Cultura ou Fnac.
Le groupe Nosoli fait également le choix de rééquilibrer son activité entre livres et hors-livres, tandis que Gibert se tourne vers le marché de l'occasion pour remédier à ses difficultés financières.
À Marseille, la librairie Maupetit a récemment renouvelé ses 850 m² en intégrant papeterie, café et galerie, comme l'indique son directeur Damien Bouticourt.
Ces changements engendrent des inquiétudes chez les maisons d'édition, qui craignent une réduction de l'espace accordé aux livres, les rappelant : "une librairie est faite pour vendre des livres".
- Café et livres, ça marche?
"Oui, et ce modèle se développe particulièrement en milieu rural", affirme Gaëlle Maindron, gérante de la librairie-café Livres in Room à Saint-Pol-de-Léon, petite commune du Finistère.
"C'est un espace qui satisfait un besoin de convivialité, d'échanges et de culture", explique la présidente de la Fédération "Cafés librairies de Bretagne", qui regroupe une vingtaine d'établissements. Des événements associatifs, réunissant spectacles musicaux, lectures et ateliers créatifs, sont régulièrement organisés.
Même si Gaëlle Maindron indique que la vente de livres représente encore 80% de son chiffre d'affaires, elle reconnaît que la diversification lui permet de dégager une marge "un peu plus importante". Le défi reste de "maîtriser chaque activité efficacement", car gérer un café n'est pas identique à celui de libraire.
Des projets novateurs émergent partout en France, comme la péniche "littéraire et festive" Nanna qui ouvrira bientôt sur les quais de la Seine, à proximité de Notre-Dame, offrant 5.000 ouvrages à feuilleter, avec des rencontres d'auteurs, des ateliers d'écriture et des événements innovants comme les rendez-vous BookTok.







