élever des porcs en chine devient désormais un défi économique. les prix s’effondrent au point que les producteurs vendent à perte. darin friedrichs, fondateur de sitonia consulting, révèle que les pertes sont estimées à 399 yuans par animal, soit environ 51 euros. il décrit la situation comme désastreuse.
en avril, le prix du porc avait atteint son plus bas niveau depuis 16 ans, avec une légère remontée en mai, mais sans apporter de réels changements. les tensions géopolitiques, telles que celles liées à la guerre au moyen-orient, continuent de faire grimper les coûts de production.
la situation actuelle représente un véritable casse-tête pour le gouvernement chinois. consommatrice habituelle de porc, la chine voit son indice des prix affecté par cette chute, malgré une diminution de l'importance du porc dans l'indice, qui est passé à 1,9 % en début d'année, alors qu'il était de 2,9 % jusqu'en 2020. pékin lutte depuis plusieurs mois pour freiner la tendance baissière des prix, persistante depuis 2023.

la crise de la filière porcine est symptomatique d'un problème plus large en chine, où la consommation des ménages peine à absorber la production de gigantesques exploitations industrielles. le modèle de production intensif, soutenu par le gouvernement, a engendré une concurrence acharnée qui érode les marges bénéficiaires. ce phénomène est qualifié de "neijuan" ou "involution", reflet d'une course à la baisse des prix.
des porcheries sur 6 étages
pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter à 2018, lorsque la peste porcine africaine a frappé des exploitations modestes du nord de la chine, provoquant l’élimination de près de 40 % du cheptel. en réponse, le gouvernement a encouragé une relance massive de la production. comme l'indique le chercheur zengyong zhu, des subventions et des garanties de prêt ont été mises en place, permettant ainsi aux plus gros producteurs, comme muyuan foods, de croître rapidement.
ces nouveaux investisseurs ont construit des structures grandioses, véritables "gratte-ciels à cochons". par exemple, au hubei, muyuan foods a bâti 21 bâtiments de six étages pour centraliser la production. ces installations peuvent abriter la production d'aliments, l'élevage et l'abattage.

la stratégie de grande échelle a permis à ces entreprises de dominer le marché, entraînant une surcapacité. darin friedrichs précise que les grands producteurs sont capables d’accéder à des financements, leur permettant de maintenir leurs opérations même lorsque les prix plongent.
demande en berne
la demande locale pour la viande de porc ne suit pas cette dynamique. après la pandémie, les habitudes de consommation ont changé, entraînant une baisse significative des dépenses dans les restaurants, comme le souligne le south china morning post.
"en réduisant la fréquence de nos sorties au restaurant, nous pouvons économiser plusieurs centaines de yuans par mois pour les périodes difficiles", témoigne un habitant de shanghai.
les jeunes générations privilégient désormais des régimes alimentaires plus variés, et le poulet commence à être préféré au porc pour des raisons de santé et de légèreté. des chaînes de restauration rapide participent également à cette évolution, rendant le poulet plus populaire.
en réaction à la chute des prix, la chine prévoit d'accroître ses réserves de viande congelée pour soutenir le marché. un plan de réduction des capacités de production du secteur est également envisagé, bien que le processus soit lent, selon darin friedrichs.
les répercussions de cette situation ne se limitent pas à la chine. les éleveurs français, dont les exportations envers le marché chinois demeurent cruciales, en souffrent également. anne richard, directrice d'inaporc, attire l'attention sur l'impact négatif des prix bas sur la rentabilité des producteurs européens.
pour aller plus loin: il y aura bientôt plus de retraités en chine que d'habitants aux états-unis







