Moins d'eau, plus d'efficacité
Avec un smartphone à la main, Jean-Pierre Jaubert scrute ses vergers d'amandiers au cœur de la Provence aride. Grâce à des capteurs connectés, il accède à des données précises sur la santé de ses arbres, en particulier leur niveau d'hydratation. Alors que la vague de chaleur s'apprête à frapper la France, cet agriculteur prend des mesures pour protéger sa récolte.
Les amandiers de M. Jaubert, avec leur arrosage au goutte-à-goutte, bénéficient d'une irrigation optimisée qui permet de réaliser d'importantes économies d'eau. "C'est un équilibre à maintenir. Grâce à ces dispositifs, je donne à mes arbres exactement ce dont ils ont besoin", déclare-t-il.
Il y a quatre ans, cet agriculteur a fait le choix audacieux d'équiper ses 52 hectares avec ce système sophistiqué, qui implique près de 100 kilomètres de tuyaux et un investissement initial de 200.000 euros. Selon la Société du Canal de Provence (SCP), l'irrigation au goutte-à-goutte est devenue une recommandation essentielle pour économiser l'eau, un bien de plus en plus rare.
Jacques Barreau, agronome à la SCP, souligne que des résistances persistent parmi certains agriculteurs, qui hésitent à changer leurs méthodes, plongés dans une routine ancrée malgré les défis du climat. "Il y a une peur de casser les racines et une difficulté à rentabiliser le matériel d'arrosage précédent", observe-t-il.
Des capteurs pour une irrigation précise
En plus du goutte-à-goutte, Jean-Pierre Jaubert utilise huit capteurs pour surveiller l'humidité du sol, la température et l'eau disponible. Un capteur sophistiqué suit également la circulation de la sève, fournissant des indications en temps réel sur la croissance de ses arbres. L'ensemble des données est analysé par une station agro-météo alimentée par énergie solaire, offrant ainsi une gestion optimisée de l'irrigation via une application mobile.
En juin, M. Jaubert a décidé d'un arrosage de quatre heures toutes les 24 heures, une décision réfléchie pour éviter de sur-irriguer ses cultures. "Trop d'eau pourrait nuire à la production, et nous cherchons à obtenir les fruits de la meilleure qualité possible", prévient-il.
Avec cette nouvelle méthode, il a su réduire sa consommation d'eau de 30%, permettant ainsi de diminuer sa facture d'eau, désormais fixée à 45.000 euros par an. "Auparavant, avec les asperseurs, l'eau était clairement gaspillée. À présent, nous récoltons plus tôt et en quantités plus importantes : jusqu'à 50 tonnes d'amandes, contre 25 à 30 précédemment", ajoute-t-il.
Adapter la culture aux nouvelles normes climatiques
Denis Vernet, un jeune agriculteur à Montagnac-Montpezat, a également adopté l'arrosage connectée pour ses 2.500 pistachiers, mettant en avant l'importance de se former à l'utilisation de ces nouvelles technologies. "Dans notre région, chaque nouvelle plantation se fait désormais avec cette méthode d'irrigation", affirme Jacques Barreau.
La nécessité de préserver cette ressource vitale est de plus en plus évidente. Selon le ministère de la Transition écologique, l'agriculture consomme 11% de l'eau prélevée en France. En Provence-Alpes-Côte d'Azur, 15 à 25% des exploitations irriguées utilisent déjà des outils connectés, un chiffre supérieur à la moyenne nationale. Cette tendance est particulièrement marquée en arboriculture et en maraîchage, tandis que d'autres cultures restent encore réticentes à prendre ce virage.







