La SNCF s'apprête à faire face à un changement majeur. Selon des sources internes, SNCF Connect, l'application de réservation de billets de train plébiscitée par les usagers, pourrait bientôt permettre aux concurrents comme Trenitalia et Renfe de proposer leurs offres. Le Sénat a déjà voté une loi qui oblige la SNCF à vendre des billets de ses concurrents d'ici 2027, une mesure qui doit encore être ratifiée par les députés cet été. De plus, la Commission européenne a également mis en avant des initiatives similaires à l'échelle européenne, qui pourraient forcer la SNCF à s'adapter.
Actuellement, SNCF Connect se limite à la vente des billets des trains de la SNCF, capturant plus de 80 % des ventes de billets longue distance. La nécessité d'ouvrir l'application à la concurrence est une préoccupation exprimée depuis longtemps par les rivaux de la SNCF.
Accélération des pertes
La direction de la SNCF a déjà évalué les conséquences économiques d'une telle ouverture. Dans un rapport, elle présente plusieurs scénarios qui pourraient voir Trenitalia et d'autres opérateurs entrer sur le marché de la réservation. Ce document anticipe des pertes significatives, estimant que si l'ouverture avait lieu fin 2029, les pertes cumulées pourraient atteindre 320 millions d'euros entre 2030 et 2031.
D'autres projections montrent que dès 2026, les pertes pourraient s'élever à 470 millions d'euros sur la période 2027-2029 et même à 790 millions d'euros d'ici 2031. La SNCF souligne que cette situation résulterait d'une captation significative du trafic par les concurrents.
Sur les lignes les plus compétitives, comme Paris-Lyon, le rapport prévoit un gain d'occupation de 6 à 12 points pour les entreprises concurrentes, ce qui pourrait encore affiner les marges de la SNCF sur ses lignes les plus rentables.
Bien que l'ouverture de la plateforme pourrait générer des revenus additionnels pour la SNCF grâce aux commissions, les pertes en chiffres d'affaires seraient jugées d'un impact négatif. La SNCF conclut que, peu importe la date prévue pour cette ouverture, les effets néfastes sur ses résultats l'emportent de loin sur les potentiels gains générés par les nouvelles ventes.
Cette mesure suscite un débat intense au sein de la communauté ferroviaire européenne. La "Communauté européenne du rail" (CER) a dénoncé cette ingérence de la Commission, questionnant la légitimité d'obliger une entreprise à vendre les produits de ses concurrents, à l'instar de ce qu'a déclaré Alberto Mazzola, un cadre du CER.







