Avec un des réseaux ferroviaires les plus étendus au monde, l'Inde, forte de ses 132 000 kilomètres de voies et 8 000 gares, souffre d'un système vétuste héritée de la colonisation britannique. Les trains, souvent bondés, peinent à atteindre des vitesses supérieures à 100 km/h, souffrant de fréquentes pannes et accidents tragiques.
Dès son arrivée au pouvoir en 2014, Narendra Modi a mis la modernisation du réseau ferroviaire au cœur de son programme. L'introduction des trains "Vande Bharat", conçus et fabriqués en Inde, témoigne de cette ambition: ces rames rapides ont déjà transporté 40 millions de passagers à 180 km/h l'an passé.
Deux heures de trajet contre neuf avec les trains actuels
La vision de Modi d’intégrer l’Inde dans le club fermé des grandes vitesses ferroviaires a pris une tournure audacieuse. Le projet de relier Bombay, le centre économique du pays, à Ahmedabad par une ligne de 508 kilomètres, promet de réduire le temps de trajet à moins de deux heures. En comparaison, le trajet actuel en train nécessite environ neuf heures, tandis que la route ou l'avion prennent entre quatre et six heures.
Ce projet ambitieux a conduit l'Inde à s'associer au Japon, reconnu pour son savoir-faire en matière de trains à grande vitesse (Shinkansen). En 2015, Narendra Modi a signé un accord avec son homologue japonais de l'époque, Shinzo Abe. "Ce chantier sera une révolution pour les chemins de fer indiens et accélérera la marche de l’Inde vers l’avenir", avait alors déclaré Modi.
Pour soutenir cette initiative, le Japon a proposé un prêt de 10,9 milliards d'euros à un taux d'intérêt exceptionnellement bas de 0,1%, financant ainsi 80 % du projet. C’est la technologie des Shinkansen qui sera déployée en Inde, une avancée significative pour le Japon, qui avait jusqu'alors exporté son célèbre train uniquement à Taïwan.
Malgré des retards importants et un budget ayant fortement augmenté, atteignant maintenant 17 milliards de dollars, les travaux avancent. Le directeur des Chemins de fer indiens, Dharmendra Tewari, a annoncé que le premier tronçon entre Surat et Vapi, d'environ 100 kilomètres, devrait entrer en service d'ici 2027.

Le gouvernement indien se félicite de cette avancée dans ses efforts de modernisation. Il espère que cette première ligne facilitera le développement d'autres infrastructures de grande vitesse à travers le pays. À titre d'exemple, la Première ministre japonaise Sanae Takaichi a récemment visité l’Inde, un témoignage du renforcement des liens entre les deux nations.
Bien que dix ans pour achever seulement 100 kilomètres puisse paraître excessif, la construction a nécessité des travaux complexes, notamment le percement de tunnels en montagne et sous la mer, une première pour l'Inde. La pandémie de COVID-19 a également ralenti les travaux, mais les autorités restent optimistes quant à une inauguration de la liaison complète en 2028, juste avant les Jeux du Commonwealth qui se dérouleront à Ahmedabad.
L'Inde entend devenir un producteur et un exportateur de trains
Dans le sillage de ce projet, l'Inde envisage de créer un réseau ferroviaire à grande vitesse de 4 000 kilomètres. Cette initiative vise à intégrer diverses villes et régions essentielles pour faciliter les déplacements et booste l'économie. Selon le gouvernement, ces nouvelles lignes seront des "connecteurs de croissance".
Les futurs trains s'inspireront des Shinkansen, mais seront fabriqués en Inde grâce à un transfert de technologies convenu avec les partenaires japonais, dans le cadre de la stratégie "Make in India". Le pays nourrit ainsi l'ambition de devenir un producteur et exportateur majeur de matériel ferroviaire, s'attaquant potentiellement au géant chinois CRRC, leader mondial dans ce domaine.
Cette semaine, alors que l'Inde et le Japon annoncent de nouveaux accords de coopération économique, la Chine a réagi en soulignant que ces initiatives ne devraient pas viser ses intérêts.







