Le rappeur Freeze Corleone est sous le feu des projecteurs pour ses commentaires provocateurs dans son morceau "Haaland", où il semble faire référence à l'auteur des attentats de Nice en 2016. Le parquet de Nice a requis une peine de 18 mois de prison avec sursis ainsi qu'une amende de 50 000 euros à son encontre, lors d'un procès qui s'est tenu ce lundi, en son absence.
Les accusations s'articulent autour des paroles de la chanson "Haaland", en duo avec le rappeur allemand Luciano. Les paroles de Freeze Corleone laissent entendre une identification à l'auteur de l'attentat du 14 juillet 2016, qui avait causé la mort de 86 personnes et blessé des centaines d'autres sur la Promenade des Anglais.
Bien que la célèbre avenue ne soit pas explicitement mentionnée dans le morceau, les références sont implicites, avec des rimes et des silences suggérant une connexion troublante : "En défense j’suis Kalidou, t’es Lenglet. Burberry comme un grand-père anglais. J’arrive dans l’rap comme un camion qui bombarde à fond sur la…".
Issa Lorenzo Diakhaté, le vrai nom du rappeur de 33 ans, est resté silencieux durant l'enquête et a choisi de ne pas se présenter au procès en raison de menaces qu'il aurait reçues s'il venait à Nice, selon son avocat, Me Adrien Chartron. Cette absence est particulièrement poignante pour les parties civiles, comprenant des victimes et des associations, qui espéraient qu'il accepterait de les écouter. Hager ben Aouissi, présidente d'une association aidant les enfants touchés par l'attentat, a exprimé son indignation : "Je ne peux pas croire qu’on puisse glorifier leurs cauchemars. Le terrorisme ne doit pas être une image de puissance, ça ne peut pas être une figure de style".
« Un fond idéologique nauséabond »
Le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, a reconnu le pouvoir perturbateur de l'art, tout en dénonçant ce qu'il perçoit comme un "fond idéologique nauséabond" dans l'œuvre de Freeze Corleone, qualifiant le rappeur de "Dieudonné du rap français" pour sa provocation mercantile. Cette caractérisation soulève des questions sur la frontière entre expression artistique et responsabilité sociale.
Me Chartron a également indiqué que ce procès pourrait facilement être appliqué à de nombreux artistes du même genre, une réflexion qui alimente les débats sur la liberté d'expression dans la musique. L'avenir de Freeze Corleone se dessine alors que son label, Universal Music, l'a abandonné après avoir été ciblé par une enquête en 2020 pour provocation à la haine raciale, qui a été classée sans suite, mais qui a pourtant eu un impact significatif sur sa carrière.
Malgré ces controverses, sa musique reste influente. Son album "La menace fantôme", dont le morceau "Haaland" est extrait, a généré 5,2 millions d'écoutes sur Spotify dans les 24 heures suivant sa sortie, témoignant d'une base de fans fidèle et d'une présence massive en ligne. Le tribunal rendra son jugement le 27 avril, laissant la communauté musicale et les observateurs en attente des conséquences de ce cas controversé.







