Paris (France) – Lors d'une audience vendredi, le parquet a requis des peines de vingt ans de réclusion criminelle contre les deux auteurs d'une campagne de haine dirigée contre Samuel Paty. Ce dernier avait été décapité en raison de son enseignement sur la liberté d'expression, qui incluait des caricatures du Prophète.
Les accusés, Naïm Boudaoud, 24 ans, et Azim Epsirkhanov, 25 ans, sont considérés comme des complices de l'assassin, Abdoullakh Anzorov. Selon l'accusation, ils étaient conscients des desseins terroristes de leur camarade, même s'ils n'avaient pas connaissance des détails de son plan. L'un des avocats généraux a appelé la cour d'assises spéciale à imposer une période de sûreté des deux-tiers, limitant ainsi la possibilité d'aménagement de peine.
En plus de ces deux hommes, Brahim Chnina, 54 ans, et le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui, 66 ans, sont également jugés pour avoir contribué à la cabale en ligne qui a ciblé Paty, avec des peines initialement établies à 13 et 15 ans. Les deux hommes n'avaient pas de lien direct avec Anzorov, qui a été abattu par la police après son acte, mais leur campagne a, selon l'accusation, créé un terreau fertile pour la violence.
« On ne reproche pas à Chnina et Sefrioui des actes préparatoires à l'attentat, mais à la possibilité que d'autres actes similaires surviennent », souligne une avocate générale. La menace qu'ils ont fait peser sur le professeur a été jugée suffisamment sérieuse pour justifier des sanctions sévères.
L'école, "fondement de la République"
Ce dossier de terrorisme revêt des enjeux sociétaux cruciaux, selon les magistrats impliqués dans l'affaire. La protection de l'école, qualifiée de "fondement de la République", est mise en avant. Les avocats défendant Chnina et Sefrioui ont exprimé leur inquiétude concernant l'utilisation potentielle du dossier pour établir des précédents juridiques, plutôt que de se conformer strictement au droit.
Le crime qui a coûté la vie à Samuel Paty a provoqué un choc au sein de la communauté éducative et a exacerbé la tension dans un pays déjà aux prises avec des menaces terroristes, notamment celles émanant d'Al-Qaïda. Avec la republication de caricatures par Charlie Hebdo ayant précédé ce drame, le climat de peur ne cesse de croître.
Les accusés, pour leur part, soutiennent qu’ils n’avaient pas prévu l’assassinat et que leur motivation n’était pas liée à la question des caricatures. Brahim Chnina a récemment exprimé sa frustration face à la stigmatisation dont il se dit victime, tandis qu’Abdelhakim Sefrioui, qui aurait agi en tant que représentant du Conseil des imams de France, a affirmé avoir agi par souci de droits des musulmans, malgré les accusations qui le qualifient de manipulateur.
La décision de la cour est attendue pour lundi, marquant une étape significative dans ce cas qui soulève de profondes questions sur la liberté d'expression et la sécurité publique.







