Ce jeudi 19 mars, la route côtière reliant Beyrouth au sud du Liban est étrangement déserte. Les bannières jaunes du Hezbollah déchirées côtoient les portraits d'Hassan Nasrallah, ancien leader du mouvement. Près de Saïda, audible à une heure de la capitale, résonnent des alertes : l'armée israélienne frappe Tyr.
Un ordre d’évacuation a été prononcé, incitant les 40 000 habitants à fuir. Les rues, jadis animées, témoignent d’un exode massif vers le nord.
Les défis de ceux qui restent
Pour ceux qui choisissent de rester, la situation est très difficile. Voici comment Hasan Dbouk, le maire, le décrit : « Nous conseillons aux gens de quitter la région. Mais c’est dur, presque comme laisser une partie de soi. Dans cette terre, les liens sont forts », explique-t-il en caressant sa moustache. Pour beaucoup, le retour est une incertitude tragique, alimentée par la mémoire des Palestiniens qui, chassés en 1948, conservent toujours les clés de leurs maisons perdues.
Tyr, ville historique connue pour ses vestiges romains, a souffert de nombreuses invasions, de l'occupation israélienne en 1982 à la guerre de 2006, et se retrouve à nouveau au cœur des tensions actuelles.

A l'étage de l'Union des municipalités de Tyr, l’unité de gestion des catastrophes tente de suivre les besoins des familles fuyant le sud. Mortada Mhanna, son directeur, souligne : « Les ONG disent qu’elles surveillent la situation, mais nous ne voyons rien sur le plan d'aide. » Il est estimé que l'aide alimentaire ne pourra tenir que deux semaines, laissant planer l'incertitude après ce délai.
Les besoins alimentaires pressants
Avant le début de cette crise, la ville accueillait des milliers de personnes dans des établissements publics. Mais avec la montée des menaces, l'afflux a diminué, plombant les options d'hébergement. « Les loyers augmentent de manière alarmante. Comment une famille peut-elle se permettre de débourser 2000 dollars par mois ? », s'interroge Daher Bahar, un agent municipal.
Un rapport du ministère de l’Intérieur fait état d’un million de personnes déplacées au Liban, soit près d'un habitant sur cinq. Leïla, 45 ans, originaire de Bint Jbeil et réfugiée à Tyr, poursuit : « Nous ne savons pas si nous devrions partir. Nous craignons les bombardements, mais, en même temps, nous voulons rentrer chez nous. »







