Attention, matériau théâtral rare: lors du festival Off d'Avignon, la compagnie Artépo met en lumière les cahiers de doléances rédigés par des citoyens français durant le Grand débat national de 2019, visant à sortir ces voix de l'oubli et de l'invisibilité.
Cette consultation citoyenne, qui s'est déroulée entre le 15 janvier et le 15 mars 2019, était une réponse directe du président Emmanuel Macron à la crise des "gilets jaunes", un mouvement axé sur le coût de la vie, les inégalités et les carences de la démocratie.
Pour donner vie à "Doléances (La fable de l'écoute)", le metteur en scène Stanislas Roquette et le dramaturge Alexis Leprince ont minutieusement exploré les archives de la Somme, à Amiens. Ils ont analysé les "cahiers" provenant d'environ 200 communes, tant sur site que via des versions numérisées.
"Nous avons été frappés par la richesse de ces textes jusque-là inédits", confie Stanislas Roquette à l'AFP, qualifiant ce matériau de "trésor exceptionnel" pour le théâtre.
L'idée de cette représentation est également née d'un désir artistique de faire entendre ces paroles, victimes de l'oubli et de la promesse non tenue de leur diffusion publique, a-t-il ajouté.
Ce projet s'inscrit également dans une démarche politique visant à faire connaître l'une des plus grandes consultations populaires depuis la Révolution française
Sur scène, la pièce s'ouvre par un rappel de la crise des "gilets jaunes", accompagnée de vidéos illustratives. Ensuite, trois acteurs incarnent tour à tour divers citoyens, tels un couple de retraités s'opposant à la hausse de la CSG, un autre couple aspirant à de meilleurs services publics, et une citoyenne réclamant la fermeture de l'Élysée.
Des images de lettres manuscrites, parfois griffonnées sur des pages d'écolier, défilent à l'écran. Parmi elles, une mère isolée, familière des épiceries sociales, demande une augmentation des minima sociaux, tandis qu'un autre citoyen cite Victor Hugo.
Mélange de cris de colère, d'appels à l'aide, de propositions rationnelles, le spectacle oscille entre humour et émotion. Certaines remarques, plus banales, évoquent par exemple un "stop au bout de la rue" ignoré par les automobilistes ou les tarifs excessifs des prothèses auditives.
Des fragments de discours d'Emmanuel Macron, ponctuant cette période, animent la pièce, où son personnage est à la fois moqué et déshabillé sur scène, agrémenté de grandes oreilles, symbole d'un certain ridicule.
"Ce Grand débat, loin de refléter une désaffection pour la politique, a restauré la voix citoyenne", affirme Stanislas Roquette, qui soutient que son œuvre remet également en question la pertinence de la parole politique actuelle.
La représentation est à découvrir au Théâtre du Train bleu jusqu'au 23 juillet.







