REPORTAGE. Éric Ciotti a remporté la mairie de Nice avec un score impressionnant de 46,20 % des voix, surpassant Christian Estrosi, qui a obtenu 38,10 %. Ce résultat représente un tournant politique crucial pour la cinquième ville de France.
Lors d'une journée pluvieuse du 22 mars, les visages se sont assombries dans le quartier du port, où une affiche du maire sortant gisait, déchirée, devant un bureau de vote. Un assesseur commentait avec amertume : "C'est joué d'avance".
Dès le premier tour, le climat était en faveur d'Éric Ciotti (UDR) qui dominait avec près de 43 % des suffrages, loin devant son rival d'Horizons, Christian Estrosi (31 %). L'issue de la campagne a révélé une dynamique de rejet du précédent maire.
Une fin de campagne sous tension
La dernière phase de la campagne de Christian Estrosi a été marquée par des tentatives désespérées de mobilisation, en particulier dans les quartiers sensibles. Des banderoles ont même été déployées, appelant à "voter ou subir" face à la menace évoquée de l'"extrême droite".
Un témoignage d'un habitant résume les enjeux : "La sociologie niçoise, c'est comme la salade niçoise, c'est mélangé." Cependant, Christian Estrosi n'a pas réussi à conquérir le vote communautaire, allant jusqu'à se voir refuser l'accès à la cérémonie de l'Aïd au Palais des Expositions, ce qui souligne son éloignement de certaines franges de la population.
Dans le camp de Ciotti, les critiques fusent. Un soutien pourrait être entendu dire : "Et l'escroc, maintenant il va dehors, on est enfin débarrassés… Il se prenait trop pour le roi." Un autre, avec un sourire amer, a même demandé : "La broyeuse, elle doit marcher à plein régime là", faisant allusion à la destruction de milliers de documents administratifs par la mairie sortante.
Un observateur averti de la campagne pour Ciotti a exprimé : " On vote pour celui qui dégage l'autre. Un ras-le-bol après des années… du dégagisme, en somme". Cependant, un ancien militant du Front national a tempéré cette victoire, la qualifiant de "symbolique", prédisant que l'impact de Ciotti sur la ville pourrait être limité.
La promesse d'un renouveau
Lorsque Éric Ciotti est apparu peu après 20h, la foule a explosé de joie, brandissant des drapeaux niçois et tricolores. "Nice n'appartient à personne, ni à un clan, ni à un système, mais aux Niçois !" a-t-il affirmé, suscitant des acclamations.
Dans son discours, Ciotti a évoqué des figures historiques de la municipalité, tout en soulignant son attachement à la ville. "Mon grand-père était quincaillier, ma mère institutrice… Nice m’a tout donné, et je veux lui rendre au centuple", a-t-il déclaré, promettant des impôts réduits et un meilleur management de la ville.
Il a également mis en avant ses priorités, notamment en matière d’ordre et de sécurité. Ce moment s'est terminé sur les notes de "Nissa la Bella", suivi de la Marseillaise, tandis que des voix s’élevaient pour affirmer : "Les vrais Niçois sont là !".
Laurent Merengone, responsable du RN dans les Alpes-Maritimes, a décrit ce moment comme "historique", voyant en cette victoire un tremplin vers la présidentielle.
Cependant, la réalité s'impose rapidement. Avec un conseil municipal prévu en fin de semaine, bien qu'Éric Ciotti dispose d'une majorité solide — 52 sièges à la mairie et 49 à la métropole —, il devra faire face à une dette conséquente et à un réseau municipal à réformer.







