Diplômes de médecines alternatives : une situation alarmante dans les universités françaises

Des professionnels de santé s'inquiètent de la montée des diplômes en médecines non conventionnelles.
Diplômes de médecines alternatives : une situation alarmante dans les universités françaises

Aromathérapie, acupuncture, réflexologie et homéopathie : la présence de diplômes pour des pratiques de soins non conventionnelles (PSNC) au sein de certaines universités françaises soulève des inquiétudes parmi les professionnels de santé. Ces derniers appellent à une vigilance accrue face à ce qu'ils perçoivent comme un "entrisme" des médecines alternatives.

Souvent désignées sous les termes de médecines "douces", "complémentaires" ou "alternatives", ces pratiques ne font l'objet d'aucune reconnaissance scientifique de la part de la médecine conventionnelle, comme le souligne le site du ministère de la Santé.

Un nombre croissant de ces diplômes, dénombré à plus de 400 par l'Organisation mondiale de la santé, a trouvé sa place dans des établissements d'enseignement supérieur en France. "Nous avons observé une hausse préoccupante du nombre de diplômes universitaires jugés inappropriés", affirme Mathieu Molimard, président de la Société française de pharmacologie et de thérapeutique.

Le nombre de diplômes universitaires (DU) ou inter-universitaires (DIU) “déviants” est passé de 101 en 2015 à 203 en 2025, selon Hugues Gascan, président du Groupe d'étude du phénomène sectaire (GéPS). Ce chercheur a mené une enquête dans différentes universités, recensant les formations qui posent question, accessibles non seulement aux médecins, mais à un large éventail de professionnels de santé.

Parmi les formations litigieuses, on trouve des DU consacrés à la "Phytothérapie Aromathérapie" à Besançon, Grenoble ou Montpellier, à "l'Homéopathie" à Aix-Marseille ou Poitiers, ou encore à "l'Auriculothérapie" à Paris-Saclay ou Strasbourg.

Le GéPS a identifié 57 techniques controversées, en tête l’hypnose, l'aromathérapie et l'acupuncture. Les universités les plus impliquées dans ces formations comprennent Montpellier, Strasbourg, Nancy, Nantes et Grenoble. M. Gascan s'inquiète également des motivations financières que pourraient avoir ces institutions, souvent en difficulté budgétaire, pour proposer des diplômes dont les coûts varient entre 1.500 et 5.000 euros.

Pr Molimard souligne l'urgence d'un assainissement : "Soit la pratique est validée scientifiquement et c'est de la médecine, soit elle ne l'est pas et doit rester en recherche, sans trouver sa place dans les cursus académiques". Il met en garde contre la confusion que cela pourrait engendrer pour le grand public.

Un rapport récent remis au gouvernement recommande de "mettre un terme à la labellisation académique des pratiques de soins non validées" et d’auditer les formations existantes. Cependant, cette recommandation n'a pas été intégrée dans la stratégie du ministère de la Santé pour lutter contre la désinformation en santé.

"C’est un enjeu de santé publique", déclare le Dr Hélène Harmand-Icher, présidente de la section santé publique de l’Ordre des médecins, qui met en lumière un "entrisme progressif" et évoque un travail de recensement qui est actuellement en cours. Son institution adopte une approche moins restrictives que d'autres acteurs, reconnaissant que certaines formations sont réservées aux médecins et encadrées par l’Ordre, comme l'acupuncture qui jouit d’une certaine reconnaissance ordinale.

D'un autre côté, le Pr Philippe Ruszniewski, doyen honoraire à l'université Paris Cité, ne s’oppose pas aux DU liés à des pratiques ayant des preuves d'efficacité, mais il questionne la légitimité de diplômes tels que ceux sur la naturopathie ou l'homéopathie. Marc Humbert, vice-président de la Conférence des doyens de médecine, admet aussi qu'il existe des “failles” qui nécessitent d'être corrigées.

Avec une réunion à venir sur les PSNC, la Conférence des doyens de médecine prévoit de s'enquérir de l'état des formations disponibles et d'évaluer la nécessité de retirer celles qui ne sont pas fondées scientifiquement. Il est, selon M. Humbert, temps pour les institutions de prendre leurs responsabilités face à ce dilemme croissant.

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