Marseille : des surveillants pénitentiaires en colère face à une prison surchargée

En première ligne, les surveillants des Baumettes réclament des conditions de travail dignes.
Marseille : des surveillants pénitentiaires en colère face à une prison surchargée

À Marseille, comme dans un quart des établissements pénitentiaires de France, les agents de la prison ont cessé le travail ce lundi 27 avril. Leur revendication : un renforcement des moyens et une adaptation de leurs conditions de travail, alors que la population carcérale ne cesse de croître.

Une colonne de fumée noire s'élève de< a href="https://www.valeursactuelles.com/tag/les-baumettes" target="_blank" rel="noopener">Baumettes. Ce n'est pas le fruit d'émeutes, mais d'un mouvement de protestation orchestré par les surveillants. Au matin de cette journée, environ cent fonctionnaires bloquent les accès à l'établissement, suivant l'appel de l'UFAP-UNSA. Ce mouvement, suivi dans un quart des prisons françaises, souligne des conditions de travail devenues insupportables.

Le taux de surpopulation carcérale atteint 173 % au niveau national, un fardeau particulièrement pesant à Marseille où 1 700 détenus sont incarcérés. « Un seul surveillant doit gérer jusqu'à 35 détenus au parloir », confie une responsable syndicale locale du SPS. Ce parcours à travers la prison, qui s'étend sur un kilomètre, expose les surveillants à une vulnérabilité permanente.

Dans le quotidien, certains surveillants se retrouvent seuls à gérer des étages comprenant jusqu'à cent détenus. Pire encore, des bâtiments récemment construits, comme un quartier disciplinaire et un espace « de confiance », restent fermés en raison d'un manque d'effectifs. « Ce qui nous a été promis ne s'est pas concrétisé », déplore Marc, membre du SPS.

Bien que la délocalisation de détenus considérés comme des profils très sensibles vers des « super prisons » a permis de relâcher un peu la pression, plusieurs surveillants affirment : « La charge reste écrasante, nous n'observons que peu de changements. »

Des professionnels victimes de menaces

Un an après une série d'incendies revendiqués sous le sigle « DDPF » et deux ans après l'évasion meurtrière de Mohamed Amra, le secteur reste fragilisé par des menaces constantes, qui émane aussi bien de l'intérieur qu'à l'extérieur de l'établissement.

Les livraisons de produits illicites par drone se multiplient, rendant la tâche de contrôle des surveillants encore plus délicate. « C'est la principale porte d'entrée pour les substances prohibées dans la prison », souligne l'une des fonctionnaires. Dans certains cas, « trois à quatre drones livrent en même temps », expliquent-elles, accentuant ainsi la difficulté du maintien de l'ordre.

Dans ces paquets, on trouve non seulement du cannabis et diverses denrées alimentaires, mais parfois même des armes blanches, représentant une menace tangible pour le personnel. En décembre 2024, le directeur de l’établissement a été menacé par un « contrat » affiché sur les réseaux sociaux, mettant en jeu 120 000 euros pour un acte criminel planifié.

Deux individus, suspects d'avoir été engagés pour cette mission, ont été interceptés in extremis par les forces de l'ordre. L'auteur des menaces, Gabriel Ory, aka « Gaby », figure de la DZ Mafia, a été transféré dans une structure de haute sécurité.

Quelques mois plus tard, les surveillants subissaient encore les conséquences de la mobilisation de la DDPF, qui a visé plusieurs établissements et domiciles à travers la France. « J'ai vécu un mois avec des voitures de police stationnées sous ma fenêtre pour assurer ma sécurité », se souvient une surveillante, dont le voisinage a été la cible de tirs de kalachnikov.

Des effectifs insuffisants

Un membre de la CGT évoque un « manque d'anticipation » face à l'évolution des profils criminels, complexifiant la gestion de la prison. Les syndicats estiment qu'il manque entre 100 et 140 surveillants, rendant le fonctionnement optimal difficile, notamment à cause de la réputation peu engageante de Marseille.

Bien que 40 nouveaux surveillants soient attendus lors de la prochaine vague de mutations, les agents expriment leurs doutes quant à la capacité du secteur à faire face aux enjeux actuels. « Avec un effectif complet, nous serions mieux préparés à toute situation », affirme Marc. En attendant, le personnel se trouve confronté à des journées de travail épuisantes, parcourant chaque jour plus de 13 000 pas pour surveiller les détenus.

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La prison des Baumettes, enfer provençal

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