À l'âge vénérable de 104 ans, Albert Corrieri a annoncé, lundi, son intention de porter son affaire devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) pour obtenir emploi de ses heures de travail effectuées en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale.
Cet ancien travailleur forcé réclame 43 200 euros, soit un taux de 10 euros de l'heure, pour les heures passées à travailler dans une usine chimique à Ludwigshafen entre mars 1943 et avril 1945.
Recruté comme plombier dans un restaurant du Vieux-Port à Marseille, il a été contraint de partir pour l'Allemagne à l'âge de 20 ans dans le cadre du Service du travail obligatoire (STO) mis en place par le régime de Vichy pour satisfaire aux demandes allemandes de main-d'œuvre.
Interné dans un camp, il se voyait assigner à des tâches pénibles, comme le chargement de wagons de charbon pour soutenir l'effort de guerre nazi, et a même été blessé au bras lors de bombardements alliés.
Après avoir vu sa demande de dédommagement rejetée par la Cour administrative d'appel de Marseille en 2025, M. Corrieri se tourne désormais vers la justice européenne pour obtenir ce qu'il considère comme son droit, comme il l'a précisé lors d'une conférence de presse à son cabinet d'avocat.
"J'ai été réduit à l'état d'esclavage, forcé de travailler dans des conditions inhumaines sous la menace des armes, six jours par semaine, dix heures par jour, le tout sans le moindre centime de compensation", a déclaré M. Corrieri. "Je pense que la France a une dette envers moi", a-t-il ajouté, soulignant la gravité de sa situation.
La cour d'appel a fondé son refus sur une loi de mai 1951, qui permet l'indemnisation des victimes du STO, mais selon l'administration, elle n'appliquerait pas à des demandes de compensations financières.
Pour son avocat, Me Michel Pautot, ce combat va au-delà de la communauté de M. Corrieri et vise à faire reconnaître l'esclavage moderne durant la Seconde Guerre mondiale. "L'État français aurait dû créer un fonds d'indemnisation pour des survivants comme Albert, qui sont désormais rares", a-t-il remarqué.
"Le temps presse. À 104 ans, Albert est au crépuscule de sa vie", affirme l'avocat qui a également représenté Erpilio Trovati, un autre ancien-sto qui est décédé l'année dernière. "La cour européenne est notre dernier espoir", conclut-il.







