Ce lundi à Paris, les magistrats se sont rassemblés pour exprimer leurs préoccupations face à la détérioration persistante des moyens juridiques dans le pays. Les délais de jugement s'allongent, suscitant des inquiétudes quant aux conséquences sur la sécurité publique. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, était présent, tandis qu'une tendance alarmante se dessine pour 2026 : la libération potentielle de détenus criminels.
Alors que le nouveau Parquet national consacré à la criminalité organisée (Pnaco) a été créé, les intervenants ont notamment évoqué des situations critiques se produisant dans différentes juridictions. Le procureur général de la cour d’appel d’Aix-en-Provence, Franck Rastoul, a dressé un portrait sombre lors de son discours : « Il est probable qu’en 2026, 19 accusés criminels doivent être remis en liberté faute de pouvoir être jugés dans les délais légaux », a-t-il lancé. Face à ces retards cumulés, qui peuvent atteindre 75 mois pour des affaires de viol, une véritable crise judiciaire se dessine. « Nous coulons », a-t-il ajouté, signalant une incapacité de la justice à traiter les affaires sereinement.
De son côté, Marie-Suzanne Le Quéau, présidente de la cour d’appel de Paris, a également alerté sur la situation. Elle a déclaré : « Oui, 2026 sera l'année où nous nous apprêtons à libérer des détenus criminels faute de pouvoir les juger dans les temps », déplorant ainsi l'impact direct de ces retards sur la sécurité publique.
Les chiffres sont tout aussi vertigineux. Jacques Boulard, président de la juridiction parisienne, a évoqué une augmentation de 36 % des dossiers criminels en attente de jugement, qui a doublé en cinq ans. Avec 925 dossiers criminels en attente et des affaires de criminalité organisée occupant déjà 18 sessions de tribunal, une submersion se profile à l'horizon. Ces constatations concordent avec celles de la Commission nationale consultative des droits de l'homme, qui a alerté sur l'importance de réformer le système judiciaire pour éviter la libération de délinquants dangereux.
Les magistrats demandent une « réforme structurelle de la justice criminelle » pour faire face à ce défi croissant. Julie Couturier, présidente du Conseil national des barreaux, a mis en exergue le manque de ressources, en citant l'affaire Mohamed Amra qui compte 50 prévenus. « Nous n’avons même pas de salle pour les accueillir », a-t-elle déploré. Face à cette situation, le projet de loi « SURE » annoncé par Gérald Darmanin vise à « simplifier » l'appareil judiciaire pour répondre à ces besoins pressants. La justice, en 2026, devra donc soit s'adapter pour gérer ces montagnes de dossiers, soit faire face à des décisions difficiles et potentiellement dangereuses pour la société.







