Le Conseil de l'Europe a publié un rapport ce jeudi 22 janvier, dénonçant les conditions de détention dans les prisons françaises, les qualifiant d'« entrepôts humains ». Ce discours sans précédent met en lumière des problématiques de surpopulation et d'insalubrité alarmantes.
« Nous sommes profondément préoccupés par les conditions d'incarcération en France », a déclaré Alan Mitchell, président du Comité pour la prévention de la torture (CPT) du Conseil de l'Europe. « Les prisons doivent évoluer vers un traitement humain et digne des individus, plutôt que de devenir des espaces de déshumanisation », a-t-il ajouté dans un communiqué.
Une délégation du CPT a visité plusieurs établissements pénitentiaires, dont Fleury-Mérogis et Fresnes, ainsi que des prisons dans le sud et le Rhône. Leurs conclusions sont sans appel : « L'accroissement de la surpopulation carcérale est particulièrement alarmant ». Le rapport évoque également le risque de transformation des prisons en « entrepôts humains », une préoccupation qu'ils avaient déjà soulevée dans un rapport antérieur datant de 2021.
Bien que la majorité des détenus n'aient pas signalé de mauvais traitements physiques, les auteurs notent des allégations crédibles de violences, notamment à Fresnes et Villefranche-sur-Saône, où des actes d'agression sont monnaie courante, particulièrement en dehors des cellules. Certains détenus se sentent contraints de rester enfermés par peur de la violence.
Des conditions déplorables
Concernant l'architecture des prisons, le CPT indique que, bien que certaines aient bénéficié de rénovations, d'autres, comme Fresnes, souffrent d'installations indignes, avec des cellules humides, vétustes et infestées de nuisibles tels que rats et cafards. À Villefranche, la situation est similaire, avec des équipements en très mauvais état.
Le rapport souligne également le « régime d'activités très limité » des détenus, qui passent jusqu'à 20 heures par jour en cellule. Cette situation est d'autant plus préoccupante pour les mineurs, dont l'enseignement se limite souvent à une ou deux heures par jour.
La délégation a constaté que dans certains commissariats et établissements de gendarmerie, les conditions ne sont pas meilleures, avec des toilettes souvent bouchées et des allégations de violences policières à faire écho à des événements tragiques, comme la mort de George Floyd. « Ces pratiques doivent être révisées pour éviter tout risque d'asphyxie », avertit le CPT.
Des initiatives à venir
Dans sa réponse au rapport, le gouvernement français a souligné son intention de renforcer la formation des forces de l'ordre et d'améliorer les conditions matérielles dans les établissements pénitentiaires. En janvier, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a annoncé un plan pour construire de nouvelles prisons et ajouter 3 000 places supplémentaires dans les 18 mois.
Actuellement, la France compte un nombre record de 86 229 détenus pour seulement 63 613 places, représentant un taux d'occupation de 136,5%. « Construire plus de prisons n'est pas une solution à long terme pour la surpopulation », a déclaré le CPT, insistant sur la nécessité de réformes structurelles.
Ce rapport fait écho à une étude récente du Conseil de l'Europe, dans laquelle la France se positionne parmi les pays les plus mal classés en Europe en matière de densité carcérale, derrière la Slovénie et Chypre.







