Récemment, plusieurs artistes de renom, dont Garorock, ont été déprogrammés de festivals européens. À l'origine de ce mouvement, un collectif anonyme dénommé #MeTooDjs surgit pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles dans le milieu électro.
Depuis près de dix ans, le mouvement MeToo a révélé les voix des victimes et mis à mal les prédateurs au sein de différents secteurs comme le cinéma, la politique et la musique. Pourtant, il semblait que le monde de la musique électronique échappait à cette tempête médiatique.
Le temps de l'impunité touche à sa fin. Le 8 février dernier, le compte Instagram #MeTooDjs a été lancé, visant à briser le silence qui règne dans l'univers nocturne, des concerts aux festivals, à une échelle mondiale. La hard techno, un genre musical en pleine ascension, est particulièrement ciblée.
Rapidement, plusieurs artistes ont été signalés. Des noms célèbres, suivis par des centaines de milliers de fans, ont été concernés. Le festival de Dour, en Belgique, a déprogrammé le DJ suisse Odymel et le DJ français Shlømo, tandis que Garorock a également annulé la participation d'Odymel et de Basswell.
Qu’est-ce que ce MeToo DJs ?
C'est un « dispositif international d'écoute et d'orientation pour les victimes de violences sexistes et sexuelles dans les musiques électroniques ». Composé majoritairement de femmes professionnelles de la scène musicale, ce collectif vise à structurer un environnement sûr pour les victimes.
Dans une déclaration, le collectif a expliqué : « De nombreuses méthodes ont été expérimentées depuis 2020. Nous structurons aujourd'hui un cordon de sécurité pour les victimes, convaincus que des actions concrètes peuvent mener à un changement durable ». Ils offrent un formulaire en ligne aux victimes, les soutenant dans leur parcours judiciaire et thérapeutique, sans viser à publier des listes de boycotts sans autorisation légale.
Quelles sont les premières conséquences ?
Depuis le lancement, près de cent victimes de divers pays ont contacté le collectif. Ces signalements concernent des lieux variés, allant des clubs aux festivals. Plusieurs procédures juridiques se mettent en place, et des victimes sont mises en relation avec des professionnels formés.
Deux festivals ont déjà réagi à ces signalements en déprogrammant des artistes soupçonnés. Dour, un festival emblématique de Belgique, a annoncé avoir pris les mesures adéquates suite à des informations sérieuses concernant certains artistes. Le directeur de Garorock, Ludovic Larbodie, a rappelé l'importance de respecter leurs valeurs en matière de sécurité.
Qui est visé ?
Cinq artistes de hard techno ont été nommés, tous relativement peu connus du grand public mais très suivis dans leur univers. Les accusés incluent Shlømo, Basswell, Fantasm, Odymel et Carv. Shlømo, accusé de comportements inappropriés, se défend en qualifiant les accusations de calomnie. Pour sa part, Odymel, actuellement sous enquête préliminaire, prétend avoir été victime de somnambulisme.
Ces artistes sont liés à l'agence française Steer Management. Annonçant une suspension immédiate de ses collaborations avec ces artistes, l'agence indique vouloir prendre la situation au sérieux et envisager des actions judiciaires si nécessaire.
Un observateur a même évoqué un « Steergate », mentionnant que l'agence serait en train de s'écrouler.
Est-ce que ça peut faire tache d’huile ?
Le resserrement autour de ces accusations pourrait engendrer un mouvement de dénonciation plus large dans le monde de la musique. Un journaliste et organisateur de festivals a souligné l'impact sans précédent du mouvement, observant que la parole se libère et que le traumatisme est profond.
Amélie Lens, DJette belge de renommée internationale, a également exprimé son inquiétude sur Instagram, affirmant que le silence et le maintien de l'image ont trop souvent précédé la sécurité des personnes dans l'industrie.







