Des satellites pour anticiper la crise climatique : une avancée majeure à Cannes

À Cannes, des satellites révolutionnaires s'apprêtent à scruter notre planète en crise.
Des satellites pour anticiper la crise climatique : une avancée majeure à Cannes
©Frederic DIDES, AFP - Un opérateur travaille sur un module de service Sentinel 3C dans les locaux de Thales Alenia Space à Cannes, le 16 avril 2026 dans le sud-est de la France

Anticiper les orages et les incendies de forêt, ou évaluer le stress des plantes, c'est l'objectif des ingénieurs de Thales Alenia Space à Cannes. Ils finalisent l'assemblage de trois satellites de pointe destinés à améliorer la détection et le suivi des événements extrêmes liés aux bouleversements climatiques.

Située entre la mer et la montagne dans le sud-est de la France, cette installation est reconnue pour son expertise en optique et ses moyens de tests, incluant une chambre de vide thermique. Les opérateurs, habillés de blouses et de charlottes, sont en phase finale dans ces salles blanches, où chaque détail compte pour protéger ces technologies avancées.

Les satellites, baptisés Meteosat troisième génération (MTG) pour des prévisions météorologiques instantanées, Sentinel pour la surveillance des océans, et Flex qui explorera la fluorescence de la végétation, sont prêts à quitter Cannes pour Kourou, en Guyane française. Leur lancement est prévu d'ici la fin de l'année, et ils formeront un système d'observation unique au monde, selon Dirk Bernaerts, responsable de la mission à l'Agence spatiale européenne.

Hervé Derrey, PDG de Thales Alenia Space, souligne que ces satellites permettront à l'Europe de maintenir son avance sur le plan mondial en matière d'observation de la Terre, surtout alors que les États-Unis, sous l'administration Trump, ont réduit de moitié leurs budgets dédiés à ces projets. « L'Europe, très engagée dans ces enjeux, va se distinguer davantage des États-Unis », déclare-t-il à l'AFP.

Parmi les innovations apportées par ces appareils, le MTG est équipé d'un détecteur d'éclairs, afin d'étudier ces phénomènes complexes encore peu compris. De plus, la fréquence des images se renouvellera toutes les deux minutes et demie, contre dix minutes auparavant, permettant ainsi une identification rapide de l'émergence d'événements critiques comme les incendies ou les tempêtes, et aidant les météorologues à émettre des alertes en temps réel, comme l'explique Olivier Brize, responsable du programme MTG chez Thales.

Flex (FLuorescence EXplorer) s'inscrira également dans cette démarche novatrice. Il collectera des données sur l’impact des vagues de chaleur sur la végétation, en surveillant la fluorescence, la lumière rouge émise par les plantes durant la photosynthèse. Thierry Huiban, responsable du programme Flex, précise que cette expérience vise à établir un lien entre le stress végétal et la fluorescence, ainsi qu'à quantifier cet impact.

Flex sera lancé en même temps que Sentinel 3, qui disposera de divers instruments sophistiqués pour mesurer les conditions océaniques et optimiser l'utilisation des ressources terrestres, contribuant ainsi à prévenir les crises alimentaires. Dirk Bernaerts considère la mission de Flex comme 'complémentaire' à celle de Sentinel 3.

Après un passage difficile dû à la contraction du marché des satellites de communication, la branche spatiale de Thales semble retrouver des couleurs. Suite à la suspension d'un plan social annoncée en 2025, qui visait à supprimer des postes, l'entreprise a redéployé deux tiers des effectifs touchés par cette crise. Cependant, les 1 600 employés à Cannes restent inquiets, reconnaissant la nécessité d'une flexibilité face à l'évolution rapide des besoins dans le secteur des satellites.

Laura Bernet, secrétaire du CSE central de Thales, exprime une certaine anxiété : « C'était une situation très anxiogène », tandis que Benoît Lepaix, délégué de FO, déplore la perte de compétences significatives due aux départs volontaires. Néanmoins, Hervé Derrey évoque une reprise encourageante des contrats signés en 2025, tout en soulignant que le marché demeure en pleine mutation. Malgré tout, Benoît Lepaix met en garde contre un risque élevé de burn-out, face à la charge de travail croissante pour de nombreux employés.

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