Une semaine décisive commence lundi au sein de l'OMS, avec pour objectif d'aboutir à un accord sur le partage d'agents pathogènes et de produits sanitaires, condition sine qua non pour la mise en œuvre du traité sur les pandémies adopté l'année dernière.
Les résultats de cette rencontre, au siège de l'Organisation mondiale de la santé, demeurent incertains et préoccupants.
"Les nations en développement manifestent leur méfiance, craignant de laisser leurs virus sans assurance d'un accès équitable aux vaccins en période de crise. En parallèle, les pays développés s'interrogent sur les efforts de l'industrie pharmaceutique pour concrétiser un accord global sur les pandémies sans perspectives de retour sur investissement", a indiqué à l'AFP Sylvie Briand, experte scientifique à l'OMS.
De plus, "la rapidité des avancées scientifiques complique ces discussions. Il est essentiel d'intégrer la mise en commun des données génétiques, tout aussi fondamentale que celle des virus physiques pour développer vaccins, traitements et diagnostics", a-t-elle ajouté.
Après plus de trois ans de pourparlers, initiés suite à la pandémie de Covid-19, les États membres de l'OMS, à l'exception des États-Unis, ont adopté un traité sur les pandémies en mai 2025. Cependant, ils n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur le cœur du traité : un système pour organiser le partage rapide et équitable des agents pathogènes et de leurs données génétiques.
Les pourparlers concernant ce système, connu sous le nom de PABS, se poursuivent, et les pays espèrent parvenir à une conclusion cette semaine, en vue d'un texte à valider lors de la prochaine assemblée générale de l'OMS en mai.
- "Espoir" -
Jean Karydakis, diplomate brésilien à Genève, a noté que les désaccords restent "significatifs", même si les pays développés, notamment l'UE, "cherchent à faire preuve de plus de flexibilité". Eirik Bakka, représentant du ministère norvégien des Affaires étrangères, a également exprimé un certain optimisme : "Nous nous rapprochons sur certains sujets."
Le dispositif PABS, considéré comme "la clé de voûte" du traité par Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l'OMS, est perçu comme indispensable par les nations en développement. Selon les termes du traité, chaque laboratoire participant au PABS devra assurer à l'OMS, en cas de pandémie, "un accès rapide à 20 % de sa production en temps réel de vaccins, traitements et outils de diagnostic, à la condition qu'un minimum de 10 % soit fourni à titre de don à l'OMS et que le reste soit proposé à un tarif abordable".
Les modalités précises restent à établir, notamment en ce qui concerne les contributions financières des entreprises, ainsi que l'accès aux données et aux outils sanitaires.
"Ces discussions ont été ardues, mais nous restons optimistes", a affirmé Adeel Mumtaz Khokhar, diplomate pakistanais à Genève, la semaine précédente.
- Points de friction -
Les pays en développement militent pour un partage des outils de santé et des transferts technologiques en dehors des phases pandémiques, qui sont peu fréquentes par rapport aux épidémies. K.M. Gopakumar, chercheur au Third World Network à New Delhi, a souligné que ces pays estiment que l'accès aux données sur les agents pathogènes devrait entraîner des engagements juridiques pour garantir le partage des bénéfices, ce qui suscite des réticences du côté des nations développées.
Il a ajouté que lors des épidémies d'Ebola, des échantillons de patients africains avaient servi à développer des traitements, mais sans assurer un accès équitable pour les populations africaines, entraînant une disponibilité restreinte sur le continent, principalement réservée aux États-Unis. Olena Zarytska, de Médecins Sans Frontières (MSF), a également exprimé ses préoccupations à l'AFP.
Les États en développement demandent en outre que l'accès aux bases de données sur les agents pathogènes soit organisé via un système de suivi des utilisateurs, tandis que les pays développés, comme l'Allemagne, la Norvège et la Suisse, privilégient un accès anonyme. K.M. Gopakumar a averti que l'utilisation anonyme pourrait permettre aux ressources génétiques provenant de pays en développement d'être exploitées sans scrupules. Plus d'une centaine d'ONG, dont Oxfam, ont exprimé leurs inquiétudes dans une lettre conjointe adressée à l'OMS.







