Les Émirats arabes unis (EAU) ont fait une annonce inattendue ce mardi : leur retrait de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), au nom de leur "intérêt national". Cette décision pourrait s'avérer être un coup dur pour une alliance déjà affaiblie par les turbulences géopolitiques au Moyen-Orient.
D'après l'agence de presse officielle Wam, ce départ sera effectif à compter du 1er mai, marquant une rupture avec l'organisation dirigée par l'Arabie saoudite et son extension, l'Opep+, qui inclut également la Russie. Les EAU, qui produisent parmi les volumes les plus importants au monde, vont recentrer leurs efforts sur les investissements dans l'énergie, tout en soulignant que cette décision s'inscrit dans une vision stratégique à long terme.
Selon Wam, "le moment est venu de concentrer nos efforts sur ce que dicte notre intérêt national", en mettant fin à la logique de sacrifices au sein de l'organisation, malgré le fait que les Émirats aient participé activement depuis leur intégration en 1967.
Ce retrait survient alors que les tensions entre les Émirats et l'Arabie saoudite se sont intensifiées ces derniers mois. Des analystes pointent du doigt les ambitions régionales croissantes d’Abou Dhabi, qui sont mal vues par Ryad, exacerbant les différends économiques et politiques.
La discordance entre ces deux puissances arabes n'est pas que stratégique, mais également économique. Après le départ du Qatar, de l'Équateur et de l'Angola, la sortie d'Abou Dhabi réjouit certaines parties, mais pourrait également créer des incertitudes sur les marchés pétroliers.
Avec ce retrait, les Émirats arabes unis, qui subissent déjà les répercussions de la guerre au Moyen-Orient, notamment les attaques iraniennes, cherchent à se libérer des quotas imposés par l'Opep. Une source proche du ministère de l'Énergie a révélé que les Émirats ne souhaitent plus souffrir de restrictions une fois les tensions apaisées.
Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy, analyse cette décision comme un tournant significatif pour l'Opep. Selon lui, le départ des Émirats, qui disposent d'une des rares capacités de réserve significatives du groupe, pourrait entraîner un affaiblissement structurel de l'organisation à long terme.
Il ajoute que, bien que les effets ne soient pas immédiatement visibles en raison des désordres actuels, cette décision soulève des interrogations sur la durabilité du rôle de l’Arabie saoudite sur le marché pétrolier, rendant ce dernier potentiellement plus volatile.
Fondée en 1960, l'Opep regroupe actuellement 12 membres, incluant l'Arabie saoudite, avec l'objectif de limiter l'offre pour soutenir les prix face à la compétition des États-Unis. Avant le début du conflit, les Émirats se classaient au quatrième rang des producteurs, représentant environ 3,5 millions de barils par jour.
David Oxley, expert chez Capital Economics, estime que le départ des EAU de l'Opep+ pourrait leur permettre, une fois la situation stabilisée, d'augmenter leur production de 1 million de barils supplémentaires par jour, redéfinissant ainsi leur rôle sur le marché international.







