Le 28 avril, lors de l'émission "Tout est politique", Jean-François Colosimo, historien des religions et directeur général des éditions du Cerf, a partagé ses réflexions sur la guerre en Iran et l'impasse actuelle qui dure depuis deux mois. Dans cet entretien, il remet en question la perception de l'Occident face à des néoempereurs en quête de pouvoir.
Sonia Chironi : Vous évoquez la notion que les néoempereurs aspirent à la chute de l'Occident ?
Jean-François Colosimo : En réalité, je ne pense pas que l'Occident en tant que tel existe. Donald Trump a mis en lumière une dynamique où les États-Unis partagent une vision religieuse radicale semblable à celle des néoempires. Cela a souvent conduit à une illusoire unité entre l'Europe et les États-Unis, une illusion dont nous devrions nous défaire.
Les Iraniens, par exemple, possèdent une culture du martyr enracinée dans leur histoire, un héritage de la guerre Iran-Irak. Les dirigeants iraniens, ayant vécu dans ce contexte, opèrent dans une logique d'insurrection permanente. Ils n'ont plus rien à perdre, ce qui équivaut à une approche différente de celle des démocraties occidentales, qui souvent apparaissent désarmed.
Nathalie Saint-Cricq : Cela implique-t-il que les démocraties occidentales sont désavantagées face à des régimes autoritaires comme celui de Poutine ou d'Erdogan ?
Jean-François Colosimo : Ces régimes, qu'ils soient religieux ou politiques, s'appuient sur une conception totale du pouvoir. Notre problématique réside dans la fondation des droits humains, qui devraient idéalement reposer sur une transcendance capable d'inspirer le sacrifice. Les femmes de Téhéran, par exemple, font preuve d'un courage incroyable en revendiquant leur droit à la vie et à la liberté.
Nathalie Saint-Cricq : Fabien Mandon a évoqué un manque de volonté face aux sacrifices. Pensez-vous que nous avons perdu cette capacité ?
Jean-François Colosimo : Il est vrai que cette dynamique de collectif semble parfois absente. Les mères sont prêtes à défendre leurs enfants, mais lorsque cela implique un affrontement entre nations, il faut davantage qu'un instinct parental. Il nous manque un ciment historique et commun, bien que je reste optimiste quant à la prise de conscience croissante des jeunes face aux dangers géopolitiques actuels.
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