Le pélardon, fromage de chèvre iconique, se trouve à un tournant face à un enjeu colossal : le réchauffement climatique. Les agriculteurs derrière cette appellation d'origine protégée, qui produisent annuellement plus de 4 millions de fromages, envisagent des ajustements dans leur méthode de production pour garantir la qualité du lait.
À Saint-Bénézet, situé à environ quarante kilomètres au nord-ouest de Nîmes, les producteurs de pélardon sont en première ligne pour défendre cet héritage culinaire. Ce fromage, dont l'affinage dure au minimum onze jours, ne se limite pas à un simple produit laitier : il incarne une fierté locale, soutenue par la renommée mondiale de son label AOP. Aujourd'hui, son avenir est en jeu au regard des changements climatiques.
Des règles strictes
Le pélardon suit un cahier des charges rigoureux qui en fait un produit exceptionnel. Le lait de chèvre est soigneusement caillé puis moulé à la louche, ce qui lui confère une texture unique, prisée par les amateurs. Mathieu Rio, producteur depuis deux décennies, partage son expertise avec Pauline Sauthier de France 3 Pays gardois : "Le pélardon à 11 ou 15 jours a une texture très crémeuse et un goût de chèvre prononcé sans être écrasant. La méthode du moulage à la louche est clé dans sa réussite."
Les chèvres sont tenues de pâturer dans les Cévennes ou la garrigue languedocienne, et leur alimentation spécifique apprend au pélardon un goût floral apprécié tant en France qu'en Europe.
Une appellation qui protège et vend
Depuis que le pélardon a obtenu le label AOP, il jouit d'une reconnaissance à l'échelle de fromages comme le comté ou le roquefort. Cette accréditation a considérablement modifié les dynamiques commerciales de ce fromage. Mathieu Rio souligne l'impact positif de ce label : "Pour ceux qui ne connaissaient pas, cela a permis de faire connaître notre produit. Le Pélardon est désormais une référence parmi les AOP, et cela se voit dans nos ventes."
Les chiffres témoignent de cette dynamique : plus de 4 millions de pélardons sont fabriqués chaque année par 64 exploitations, ce qui assure une forte présence commerciale à travers la France.
Adapter le cahier des charges face au climat
Cependant, la montée des températures et des conditions climatiques devenues imprévisibles poussent les producteurs à réévaluer leur modèle économique. La directrice du Syndicat de producteurs de pélardon, Cécile Podeur, décrit le cadre des réflexions en cours : "Nous envisageons d’apporter des modifications à notre cahier des charges pour intégrer de nouvelles zones et surfaces, afin d'assurer un approvisionnement suffisant en fourrage face aux défis posés par le réchauffement climatique."
Cette révision constitue un enjeu délicat : élargir la zone de production tout en maintenant les qualités organoleptiques qui font la renommée du pélardon est essentiel. Les producteurs gardois s'efforcent ainsi d'adapter leur savoir-faire pour garantir la pérennité de ce fromage emblématique.







