Valeurs Actuelles. Les récentes canicules historiquement élevées soulèvent des interrogations sur les mesures gouvernementales depuis 2003.
Philippe Charlez. Les températures enregistrées en France ces derniers mois sont sans précédent. Comme l'a souligné l'expert François Gemenne, il est essentiel de faire la distinction entre réchauffement climatique (1,3 degré Celsius depuis l'ère préindustrielle) et divers phénomènes météorologiques qu'il engendre. Ce réchauffement modifie notre atmosphère, rendant les vagues de chaleur, autrefois improbables, de plus en plus fréquentes. En mai et juin, l'air chaud provenant du Sahara a particulièrement affecté l'Ouest de la France, contrairement aux régions comme le Var qui ont été plus épargnées.
Quelles conséquences humaines et économiques?
Différentes des inondations, les vagues de chaleur présentent une mortalité élevée qui, malgré leur impact limités sur l'économie, soulève de vraies préoccupations sanitaires. La canicule de 2003, avec ses 15 000 décès en France, en est un exemple saisissant. Sur 45 ans, les événements climatiques extrêmes n'ont représenté que 0,1 % du PIB et des décès en France. Pour mettre cela en perspective, les maladies cardiaques causent près de 33 % de décès, tandis que la corruption pèse sur près de 3 % du PIB mondial.
Stratégies d'adaptation possibles
Deux approches complémentaires s'offrent face aux canicules : d'abord, l'atténuation, qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre à l'échelle globale ; ensuite, l'adaptation, qui cherche à limiter les impacts sur les populations. L'atténuation dépend de l'effort collectif des pays émetteurs, alors que l'adaptation doit se concentrer sur des solutions à court ou moyen terme.
Les techniques d'adaptation sont bien connues et incluent la végétalisation des zones urbaines, l'ajout d'espaces d'eau, et une isolation thermique améliorée. À Paris, la température peut atteindre 7 degrés de plus qu'en périphérie, ce qui souligne l'urgence de solutions adaptées. Actuellement, seulement 25 % des bâtiments en France sont climatisés, contre 50 % en Italie et en Grèce, ce qui révèle un retard critique.
Un héritage climatique problématique
Bien que la France, nation tempérée, ait moins investi dans l'adaptation par rapport à ses voisins méridionaux, les effets du changement climatique appellent un revirement en matière de stratégie. Au cours des dernières décennies, les écologistes, bien que minoritaires électoralement, ont eu une influence clé dans les choix politiques, privilégiant l'atténuation au détriment de l'adaptation. Pour eux, le fait d'adapter serait une forme de capitulation.
Cette perspective découle d'une idéologie égalitariste dans le mouvement écologiste, où l'adaptation – qui est inégalitaire d'essence – contraste avec l'idée d'un bénéfice collectif promis par l'atténuation. Pour un écologiste, les systèmes d'air conditionné incarnent une lutte de classe, où les privilégiés profitent de la fraîcheur au détriment des plus démunis.
Une ministre aux idées claires
L'annonce surprenante de la ministre de la Transition écologique, exprimant son désaccord avec l'idée d'installer massivement des climatiseurs, reflète un point de vue plus large. Monique Barbut, avec un passé au WWF, a toujours mis l'accent sur la réduction de la consommation et la sobriété énergétique, plutôt que sur des solutions technologiques.
Cette vision, qui voit la nature comme un superorganisme, prive les humains de la possibilité d’user d’outils comme la climatisation en tant qu’adaptations aux vagues de chaleur. Pourquoi, alors, se priver d’outils modernes pour améliorer notre confort pendant l’été? Les systèmes d’aujourd’hui, tels que les pompes à chaleur réversibles, représentent une avancée considérable par rapport à ceux du passé.
Un plan national de climatisation est nécessaire
Sebastien Lecornu a promis l'installation de 30,000 climatiseurs dans les bâtiments publics, mais cela n’est qu'un début. Un plan national ambitieux visant à élargir la couverture à 85 % du territoire devrait devenir la priorité, nécessitant une réallocation des budgets de la transition énergétique en faveur de l’adaptation. Au lieu de se concentrer uniquement sur l’atténuation, il est crucial d'inverser ce paradigme.







