"Pas d'agriculture sans eau", affirment les agriculteurs au début d'un siècle marqué par le changement climatique, qui entraîne une diminution des ressources aquifères et une hausse des coûts de dépollution.
Explorons les pratiques agricoles et les enjeux liés à l'eau en France, première puissance agricole de l'UE.
Les usages de l'eau
Chaque année, 31 milliards de m3 d'eau douce sont prélevés en France pour divers usages. En moyenne, entre 2010 et 2020, 4,1 milliards de m3 n'ont pas été restitués aux milieux aquatiques, selon les données officielles.
L'agriculture consomme 80% de l'eau qu'elle prélève, représentant plus de 2 milliards de m3, soit 58% du total, devant l'eau potable (26%). En dépit de cette consommation importante, seulement 7% de la surface agricole utile est actuellement irriguée.
Une ressource plus rare, source de tensions
Jean-François Soussana, président du Haut conseil pour le climat, a tiré la sonnette d'alarme en janvier, mettant en exergue la tension croissante entre la quantité d'eau disponible, en déclin avec le réchauffement climatique, et l'augmentation des besoins, notamment pour l'irrigation.
En 2023, Emmanuel Macron a présenté un "plan de sobriété" sur l'eau, largement exemptant les agriculteurs, peu après des troubles lors d'une manifestation contre une retenue d'eau, surnommée "méga-bassine" par les opposants, à Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres.
Le soutien du gouvernement au stockage de l'eau a été réaffirmé, sous condition de changements significatifs dans les pratiques agricoles, soutenu par des syndicats tels que la FNSEA et Coordination rurale.
La loi Duplomb, adoptée cet été, vise à faciliter la construction d'ouvrages de stockage, sans obliger à des engagements fermes pour une transition durable.
Les types de prélèvements incluent des retenues collinaire, des barrages et des "bassines" qui, sans lien avec le réseau hydrographique, se remplissent principalement par pompage de nappes souterraines.
Une adaptation nécessaire
Entre 2010 et 2020, les surfaces irriguées en France ont crû de 15%. Un éventail de solutions a été proposé par des experts comme l'institut Inrae, et inclut l'irrigation par "goutte-à-goutte" pour économiser jusqu'à 30% d'eau dans les grandes cultures.
Un changement de pratiques est impérieux : introduction de haies pour lutter contre l'érosion, réduction des labours, ou baisse des surfaces irrigées en maïs, qui consomme de l'eau principalement en été, période de rareté.
La réutilisation des eaux usées traitées, représentant environ 1% en France contre 15% en Espagne, pourrait également devenir une solution, en particulier pour des cultures à forte valeur ajoutée comme les agrumes et le maïs, selon l'institut Terram.
Pesticides et dépollution de l'eau
Au cours des 40 dernières années, 14.000 captages d'eau ont disparu, en partie à cause de pollutions agricoles. Harold Levrel, professeur au Muséum d'histoire naturelle, souligne que le coût du traitement de l'eau augmente en raison des résidus de pesticides, atteignant près d'un milliard d'euros par an.
Cette dépollution est supportée par les consommateurs par le biais de leurs factures d'eau. Entre janvier 2023 et septembre 2025, l'indice du prix de l'eau a connu une hausse de 16%, selon Olivier Andrault de l'UFC-Que Choisir.
Ce coût pourrait continuer à augmenter pour répondre aux normes de dépollution. En théorie, le principe "préleveur-pollueur-payeur" s'applique en France, stipulant que ceux qui prélèvent de l'eau doivent contribuer financièrement selon l'impact environnemental qu'ils causent, comme le note une récente étude du Conseil d'analyse économique.
Cependant, Stéphane Saussier, économiste, indique que les redevances de prélèvements sont principalement supportées par les usagers domestiques, tandis que l'agriculture, importante source de pollution de l'eau, semble peu affectée par ces charges.







