Les territoires en difficulté, touchés par la perte d'emplois dans l'industrie, connaissent une détérioration de la vie sociale. Une étude de l'Institut des politiques publiques (IPP) met en lumière ces enjeux, soulignant une progression de l'isolement et une perte d'engagement démocratique, particulièrement au sein des régions les plus affectées.
« La désindustrialisation n’a pas seulement des répercussions économiques, elle a aussi des conséquences sociales », affirme Clémence Tricaud, co-auteure du rapport « Laissés-pour-compte : les effets locaux de la désindustrialisation en France ». L'enquête révèle que depuis 1968, la France a perdu 2,5 millions d'emplois industriels, faisant d'elle l'un des pays les plus touchés du G7. La part des emplois dans ce secteur a chuté de 27 % à 12 % entre 1968 et 2016, ce qui entraîne une hausse du chômage et une diminution significative des revenus. Dans les communes où la perte d'emplois industriels s'élève à 10 points, le chômage augmente d'un point et le revenu moyen par habitant diminue de 3,8 %, comme l'avance cette étude basée sur 50 années de données.
Ce rapport met également en avant une augmentation notable de la solitude, avec une progression de 6,5 % du nombre de personnes vivant seules dans les zones industrielles fortement touchées. Parallèlement, moins de mariages sont célébrés dans ces régions.
La ville usine : un lieu de sociabilité effrité
Les résultats de l'étude ne s'arrêtent pas là : les territoires les plus impactés souffrent également d'un manque d'infrastructures, tel que des commerces, des services de santé, des écoles et des équipements culturels ou sportifs. En effet, une diminution de 10 points de l'emploi industriel est corrélée à une perte de 9,5 équipements pour 10 000 habitants. Ce déclin se traduit par une participation électorale en flèche vers l'extrême droite, avec une baisse de 1 à 1,6 point de la participation citoyenne.
« La ville usine n’était pas seulement un lieu de production. C’était aussi un lieu de sociabilité et d’identité collective. La disparition de ces structures affaiblit le lien social », analyse Clémence Tricaud. Une conclusion alarmante émerge de cette analyse : la seule surprise notée est l'absence de baisse significative de la natalité, car la baisse démographique dans ces zones s'explique surtout par des départs de population.
Pour répondre aux défis que pose la désindustrialisation, les politiques publiques doivent aller au-delà des simples statistiques de chômage. « Il est impératif de recréer des lieux de sociabilité et d'encourager la vie associative pour lutter contre l’isolement et le désengagement civique », conclut-elle. À l'avenir, les enjeux sociaux liés à des transformations majeures telles que l'intelligence artificielle devront également être pris en compte pour éviter de nouveau déchirements sociaux.







