Plus de 1.200 avocats pénalistes de France se sont unis dans une tribune publiée ce jeudi pour dénoncer la décision du procureur général d'Aix-en-Provence de demander une enquête déontologique visant quatre avocats. Ces derniers sont mis en cause suite à des incidents survenus lors du procès récent du groupe criminel DZ Mafia.
Ce procès, qui s'est tenu entre le 23 mars et le 14 avril, concernait un double assassinat commis en 2019, avant même la formation du groupe DZ Mafia. L'atmosphère en salle d'audience était particulièrement tendue, se caractérisant par des cris et de nombreuses infractions de procédure provoquées par la défense.
Le procureur général Franck Rastoul, estimant que certaines pratiques étaient problématiques, a requis l'ouverture d'une enquête déontologique à l'encontre des avocats de la défense. Cette décision a été vivement critiquée dans la tribune d'avocats, qui souligne que l'action du procureur s'assimile à une mise en accusation publique de ces pratiques professionnelles.
"C'est museler la défense et mutiler la justice" - Tribune de 1200 avocats pénalistes
Dans cette tribune parue également dans Libération, les avocats affirment que "la défense ne se taira pas" face aux attaques dont elle fait l'objet. "Poursuivre les avocats pour leur manière de défendre, c'est non seulement porter atteinte à notre profession, mais aussi museler la défense et mutiler la justice", peuvent-on lire dans le texte.
Un rassemblement à venir à Aix-en-Provence ?
Les avocats signataires prévoient de se rassembler à Aix-en-Provence le 30 mai prochain pour rappeler l'importance du droit à une défense libre. Ils insistent sur le fait que "la libre parole de la défense est une garantie fondamentale du procès équitable, non une tolérance révocable".
Parmi les avocats concernés, Mes Christine D'Arrigo, Emmanuelle Franck, Raphaël Chiche, et Karim Morand-Lahouazi, on retrouve également les signataires de cette tribune. Me Christine D'Arrigo fait d'ores et déjà l'objet d'une enquête déontologique ouverte par la bâtonnière de Marseille suite à la saisine du procureur général.
"Défendre n'est pas injurier" - le procureur général d'Aix-en-Provence Franck Rastoul
En réponse à la controverse, le procureur a déclaré à l'AFP que le enjeu en question était "la préservation de la justice criminelle, un bien commun aux avocats et aux magistrats". Il a précisé : "Le respect d'autrui n'est pas asymétrique; la déontologie doit être respectée, même dans les affaires de criminalité organisée."
Franck Rastoul a poursuivi en appelant à dépasser les postures et à protéger les droits de la défense tout en évitant que l'injure ne devienne la norme dans les prétoires, affirmant que "défendre n'est pas injurier".







