Comment optimiser la détection des pédocriminels ? L'affaire tragique de Lyhanna, une fillette de 11 ans retrouvée sans vie dans le Gers, remet cette question au goût du jour, en particulier avec la réapparition des incidents passés liés à Jérôme Barella, son principal suspect.
Avant d'être mis en examen, ce père de famille avait déjà été la cible de plaintes pour viols et agressions sexuelles, des révélations qui ont provoqué une vague d'indignation et souligné le besoin urgent de protéger les enfants contre les prédateurs sexuels en France.
Pour mieux identifier ces individus dangereux, plusieurs responsables politiques en France ont appelé à faciliter l'accès au Fijaisv.
Un fichier vieux de 20 ans
Créé il y a 20 ans, le Fijaisv regroupe les personnes condamnées pour des crimes ou délits d'ordre pédocriminel, bien que l'inscription ne soit pas toujours automatique dépendamment de la gravité des infractions. Un juge peut demander l'intégration au fichier, qui recense divers méfaits allant de l'atteinte sexuelle à la corruption de mineur.
À titre d'exemple, la mention au Fijaisv n'est pas automatique pour une peine de moins de cinq ans de prison, tandis qu'une simple mise en examen peut suffire si un juge le requiert.
L'accès à ce fichier est strictement réservé aux agents habilités et à la justice, tout en permettant des vérifications dans le cadre de recrutements au sein de l'Éducation nationale.
Il agit également comme un équivalent d'un casier judiciaire. Depuis octobre 2025, certains nouveaux employés dans des domaines tels que la petite enfance doivent fournir un "certificat d'honorabilité", prouvant leur absence dans le Fijaisv.
Plus accessible dans certains pays ?
Parmi les politiciens plaidant pour assouplir l'accès à ce fichier se trouve Éric Ciotti, président de l'UDR. Pour justifier cette demande, la maire de Nice se réfère, à l'aide de BFMTV, à l'exemple de la Pologne, où "les délinquants sexuels sont connus de tous".
Dans les faits, il existe un fichier public qui ne concerne que les criminels condamnés pour viol sur mineur. Les autres délinquants sexuels (atteintes, détention d’images pédopornographiques) sont placés dans un autre fichier dont l'accès est limité, tout comme en France.
En rapport avec les règles de l'Union européenne, un accès total à un fichier permettant d'identifier tous les délinquants sexuels, incluant ceux qui ne sont pas encore condamnés, pose des défis au regard du RGPD. De plus, une telle loi pourrait rencontrer l'opposition du Conseil constitutionnel.
Une efficacité contestée
Du côté de Reconquête, Sarah Knafo a cité l'exemple américain, où la réglementation sur la protection des données est beaucoup moins stricte. Effectivement, l'enregistrement public des délinquants sexuels est plus large depuis les années 90 dans le cadre du Sex Offender Registration and Notification (SORN).
Cependant, son efficacité en matière de récidive fait débat. Une méta-analyse renommée sur le sujet ne montre pas d'impact significatif. De plus, les dangers possibles que pourraient provoquer des justiciers isolés et les répercussions sur les familles des délinquants doivent également être considérés.
Dans le cas de Lyhanna, la libre consultation du Fijaisv n'aurait probablement rien changé car Jérôme Barella n'était pas encore mis en examen.







