Exilé en France, le réalisateur israélien Nadav Lapid a décidé de se retirer du Festival international de cinéma de Marseille (FID), prévu du 7 au 12 juillet, sous la pression croissante d'appels au boycott. Sa non-participation a engendré des réactions vives au sein du milieu cinématographique.
Initialement prévu comme membre du jury, avec une projection de son film Le Policier et une rencontre avec le public, Lapid a finalement annoncé son retrait. Ses détracteurs, alors que le conflit à Gaza reste fortement médiatisé, critiquaient sa présence, plaidant pour des actions de boycotts au sein de la communauté artistique. Parmi eux, des réalisateurs participants au festival ont exprimé leur refus de l’accueillir, provoquant des tensions avant même le début du festival. Les remous engendrés par cette situation ont conduit les organisateurs à tenter de reconfigurer la programmation, sans succès. Au final, plusieurs œuvres ont été retirées de la sélection, renforçant le climat de contestation autour de l'événement.
Un retrait sous pression
Né en 1975 à Tel-Aviv, Nadav Lapid est une figure montante du cinéma israélien, reconnu pour sa critique acerbe du gouvernement de Benjamin Netanyahu. Exilé en France depuis 2021, il a multiplié les déclarations publiques en faveur d'un cessez-le-feu à Gaza, illustrant son engagement contre les violences en cours. Son dernier film, Oui, devrait poursuivre cette réflexion critique sur la société israélienne.
Cependant, le climat de la FID à Marseille s'est progressivement détérioré. Des réalisateurs présents ont lancé la contestation de sa participation, ce qui a ultérieurement mené à une campagne de boycott des sélections qui auraient intégré son film. Lapid s'est senti contraint à renoncer et a dénoncé auprès de Télérama ce qu'il qualifie de "stratégie d'intimidation", affirmant, "Qui pourrait vraiment penser que mon absence puisse sauver la Palestine ?"
Des accusations contestées
Le débat a également pris une tournure internationale. Le boycott ciblait en partie le financement de ses projets, explicitant que son dernier film était soutenu par un fonds israélien controversé. Judith Lou Lévy, productrice du film, a répliqué à ces accusations, soulignant que l'aide reçue ne provenait pas du gouvernement, mais d'une entité indépendante qui, selon elle, fait l'objet d'attaques de la part du gouvernement israélien. "Ce soutien ne représente qu'une fraction minime de notre budget," a-t-elle déclaré à l'AFP.
Le murmure de ce débat a gagné en ampleur, rassemblant plus de 350 professionnels du cinéma qui ont signé une tribune dans Le Monde dénonçant les pressions entourant la création artistique. Parmi eux, des noms évocateurs comme Jacques Audiard, Michel Hazanavicius et Natalie Portman, qui qualifient ce boycott de "faillite intellectuelle", arguant que l'identité d'un artiste ne devrait jamais être réduite à celle de son pays d'origine.







