Alexeï, un jeune banquier de Moscou, tente désespérément d'échapper à la conscription militaire. Après des semaines d'évitement, il se retrouve interpellé dans le métro, et trois jours plus tard, il est enrôlé dans une unité militaire près de la capitale.
Cet incident illustre la rigueur croissante du système de conscription en Russie depuis le début du conflit en Ukraine en 2022. Bien que le service militaire obligatoire dure un an sans combat, les pressions pour joindre l'armée sont devenues omniprésentes. Comme le souligne Artiom Klyga, avocat au Mouvement des objecteurs de conscience, les options légales pour éviter la conscription se sont fortement réduites.
La demande de soldats a considérablement augmenté, avec 422.000 contrats de service militaire signés l’an dernier, selon Dmitri Medvedev, ancien président. Les mesures pour recruter de nouvelles recrues se sont durcies, avec l’établissement d’un système de convocation en ligne et une augmentation de l’âge limite pour la conscription de 27 à 30 ans. En 2025, près de 295.000 jeunes ont été appelés.
Timofeï Vaskine, de l'ONG École des conscrits, indique qu'une forte demande pour échapper à la conscription est observée. À Moscou, les nouvelles technologies permettent de traquer plus facilement les personnes souhaitant s'y soustraire. Une fois enrôlés, ces jeunes sont rapidement poussés à signer des contrats qui les envoient sur le front.
Les témoignages révèlent une manipulation poignante. Les conscrits sont souvent isolés de leurs familles et des défenseurs des droits. Des méthodes d'incitation trompeuses sont fréquemment mises en œuvre : le contrat est présenté comme un emploi banal avec des avantages attirants. Mais une fois signés, les promesses sont souvent oubliées, laissant les jeunes face à une réalité bien plus sombre.
Alexeï souligne qu'aucune contrainte directe n’a été exercée sur lui pour signer, mais les incitations étaient révélatrices. D'autres, par contre, ont été menacés de détention pour refus de contrat, et certains ont même subi des traitements inhumains. Un cas a vu un conscrit avaler une aiguille pour éviter le service.
Les familles ignorent souvent le sort de leurs proches, certains découvrant la mort de leur fils au front bien après le fait. M. Klyga insiste sur cette réalité déchirante : « Ils partent sans que la famille ne soit au courant, souvent jusqu'à ce qu'il soit trop tard. »







