Confrontée à l'essor fulgurant de l'intelligence artificielle (IA), le secteur musical explore des solutions variées pour répondre à ce défi contemporain. D'un côté, des outils visant à détecter les morceaux générés par des algorithmes, de l'autre, des accords avec des entreprises d'IA pour garantir une juste rémunération des artistes.
Ainsi, depuis jeudi dernier, les utilisateurs de services de streaming peuvent désormais identifier si des morceaux générés par IA se glissent dans leurs playlists. Cette fonctionnalité gratuite, mise en place par Deezer, répond à un besoin croissant : selon l'entreprise, une majorité des auditeurs souhaitent être informés de la présence de musique générée par IA dans leurs recommandations.
La production de musique numérique par IA a explosé. En janvier 2025, quotidiennement, environ 10 000 pistes de ce type étaient ajoutées sur Deezer, un chiffre qui a grimpé jusqu'à 70 000, représentant ainsi près de 50 % des nouveaux morceaux publiés chaque jour.
Des générateurs tels que Suno et Udio gagnent en notoriété face à des plateformes comme ProducerAI, acquis par Google, ou ElevenLabs, spécialisée dans le clonage vocal. Malgré cette croissance, l'écoute de ces titres demeure marginale, ne représentant qu'entre 1 % et 3 % du total des streams, ce qui pousse Deezer à monétiser aussi ces pistes moins attractives.
Cependant, certains morceaux, comme ceux du groupe américain Breaking Rust ou de l'entité Aventhis dans le genre country, connaissent un succès relatif, tandis qu'en France, le titre "Magique" de Willy l'Ancien fait sensation, se hissant jusqu'à des classements comme ceux de Skyrock au Maghreb.
- "Fin de la récré" -
Les professionnels du secteur, qu'ils soient producteurs, éditeurs ou gestionnaires de droits, s'alarment du pillage des œuvres originales pour alimenter ces algorithmes. En tant que représentante de l'innovation musicale, la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs a récemment exprimé son inquiétude sur le respect du droit d'auteur, rappelant que « la créativité est ce qui nous distingue en tant qu'êtres humains et mérite une protection active ».
L'IA générative trouve également sa place dans la création de morceaux ainsi que dans la conception de visuels pour des concerts. La sénatrice Laure Darcos (Horizons) a même appelé à une régulation stricte, déclarant que "la fin de la récré" est nécessaire pour stopper cette extraction illicite de contenus culturels. Une proposition de loi, adoptée à l'unanimité par le Sénat, suggère que les entreprises d'IA doivent prouver la légalité de leur utilisation de contenus en cas de litige.
- "Valeur ajoutée" -
De son côté, Spotify a récemment annoncé une collaboration avec Universal Music Group pour lancer une fonctionnalité payante permettant de créer des remix d'œuvres artistiques en utilisant l'IA. Dans ce contexte, l'importance des accords de licence semble cruciale, car les actions en justice n'ont pas encore abouti à des résultats probants. Enura et Warner Music ont notamment conclu des accords avec Udio pour réguler ce mouvement.
Les agrégateurs, ces intermédiaires de distribution de musique, sont également en première ligne de cette régulation. TuneCore, un acteur majeur, a déclaré qu'il distribue désormais uniquement de la musique générée à partir de modèles d'IA conformes aux droits d'auteur, une affirmation faite par Believe, sa société mère.
Denis Ladegaillerie, PDG de Believe, a insisté sur l'importance de la valeur ajoutée dans l'industrie musicale : "Produire de la musique à la chaîne ne définit pas notre secteur. L'interaction avec le public et la création d'univers authentiques sont ce qui nous démarque." Romain Vivien, directeur musique global de Believe, abonde dans ce sens, indiquant que l'absence d'une dimension humaine pourrait être une des limites fondamentalement des artistes générés par IA.







