SNCF : grève des cheminots, quais désertés et tensions autour de la filialisation

La grève des cheminots met en lumière la colère face à la filialisation et aux salaires.
SNCF : grève des cheminots, quais désertés et tensions autour de la filialisation
©Philippe LOPEZ, AFP - Les quais déserts de la gare Saint-Jean à Bordeaux lors d'une grève nationale des cheminots de la SNCF, le 10 juin 2026 en Gironde

Une grève sans résultats significatifs ? Mercredi, en fin de journée, la direction de la SNCF s'est abstenue de tout commentaire, alors que les quais des gares restaient vides. Ce mouvement de protestation a été organisé pour contester la filialisation du groupe public, tout en demandant des augmentations salariales.

La SNCF a informé l'AFP qu'il n'y aurait pas de déclaration officielle concernant l'ampleur de la mobilisation ou la réorganisation en cours. "Le dialogue social se poursuit", a indiqué un porte-parole, tout en rappelant la rencontre prévue avec les représentants syndicaux le 23 juin, alors que les syndicats (CGT, Unsa, Sud, CFDT) réclamaient des négociations immédiates.

À chaud, Thierry Nier, secrétaire général de la CGT Cheminots, a affirmé que près de la moitié des cheminots avait participé à cette grève. Une mobilisation jugée très forte, notamment dans les nouvelles filiales : les taux de grévistes atteignent 70% chez Sud Azur en PACA, et jusqu'à 80% chez les conducteurs de tram de Loire-Océan.

Les syndicats se réuniront jeudi après-midi pour discuter des suites à donner au mouvement. Dans l'ensemble de la France, les quais étaient quasiment vides, avec des écrans affichant que les circulations étaient "perturbées" à cause d'un "mouvement social national". Les trains toujours en circulation étaient bien moins nombreux que d'habitude.

D'après SNCF Voyageurs, le trafic régional et de banlieue, essentiel pour de nombreux usagers, a été gravement impacté. Environ un TGV sur trois et un Intercités sur deux ont été annulés. Même les lignes internationales, réputées pour leur rentabilité, ont subi des perturbations, malgré le déploiement de volontaires non grévistes formés pour compenser les absences.

À Paris Gare du Nord, sur 15 TGV prévus entre 16h et 18h, cinq ont été annulés, affectant les trajets vers Bruxelles, Amsterdam et Londres. Les voyageurs ont été informés à l'avance afin de modifier leurs réservations.

Les avis des usagers face à l'arrivée de la concurrence dans le secteur ferroviaire sont partagés. Bernard, un enseignant à la retraite rencontré à la gare de Marseille Saint-Charles, considère la grève comme "prouvablement justifiée". Il s'inquiète pour l'état du service public ferroviaire, qui a connu un déclin tragique. D'ici 2025, Marseille devrait voir l'entrée de Trenitalia sur la ligne à grande vitesse Paris-Marseille, ainsi que le premier service régional privé Transdev entre Marseille et Nice.

À Lille-Flandres, Nathalie, 62 ans, se dit favorable à la concurrence, ayant constaté une dégradation du service au fil des ans. Le cœur de la protestation étudiante concerne la création de filiales pour répondre aux appels d'offres des régions, déterminant qui gérera l'exploitation ferroviaire entre les métropoles.

Bien que certains élus régionaux croient en la concurrence comme un levier pour améliorer la qualité et le nombre de trains, les syndicats affirment qu'il s'agit d'une pression économique sur les employés des nouvelles filiales. Jean-Aimé Mougenot, directeur chez SNCF Voyageurs, a admis que 27 000 employés pourraient être déplacés dans des entités plus petites. Cette situation est perçue comme une "transformation interne majeure" par la direction de la SNCF, qui prétend faciliter ce processus de transition.

Les syndicats soulignent les dangers d'une telle transformation en citant la hausse des accidents de travail et les tragiques 13 suicides survenus depuis 2026. Bien que la SNCF se déclare ouverte à l'écoute, elle insiste sur le fait qu'aucun salarié concerné ne se trouve dans une entité soumise à la concurrence ou à la transformation.

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