Le 19 mars, un agriculteur de 57 ans et un conducteur de pelleteuse de 49 ans comparaissaient devant le tribunal de Bayonne pour avoir délibérément coupé le ruisseau de Laminosine, un affluent de la Bidouze, à Bunus. L'objectif ? Permettre un passage plus aisé à leurs engins agricoles, en complet mépris des lois en vigueur.
Le 9 octobre 2024, ces deux hommes avaient entrepris de déboiser les bords du cours d'eau, propriété de la mairie de Bunus, sur la route de Jokorroa, afin que l'agriculteur puisse manœuvrer ses ensileuses et remorques. Sur ordre de l'agriculteur, le conducteur de pelleteuse a arraché trois chênes trentenaires, dont deux situés sur le lit même du ruisseau, modifiant ainsi son parcours et multipliant les risques d'inondation pour les propriétés agricoles voisines.
Mise en garde des gendarmes
Malgré les oppositions de la mairie et d'une riveraine présente sur les lieux, les deux hommes ont ignoré les mises en garde des gendarmes, s'affichant déterminés à poursuivre leurs travaux. Ils ont traversé le ruisseau avec leur pelle mécanique, causant d'importants dommages au lit de la rivière. "Je ne vais pas aller en prison pour un arbre !", aurait lancé l'un d'eux à un gendarme, démontrant une désinvolture inquiétante face à la loi.
Ce délit intervient dans un contexte de tension entre l'agriculteur et la mairie, ce dernier avançant que sa parcelle de maïs était difficile d'accès en raison de la taille du chemin communal. "J’avais un problème de passage, j’étais bloqué", confie-t-il. Plutôt que de recourir aux voies légales, il a choisi de passer à l'acte, au détriment de l'écosystème local, abritant des espèces telles que les écrevisses à pattes blanches, en pleine période de reproduction.
Destruction de la nature
Des organisations locales, telles que la SEPANSO (Société pour l'étude, la protection et l'aménagement de la nature dans le Sud-Ouest) et l'AAPPMA (Association agréée pour la pêche et la protection du milieu aquatique), se sont portées parties civiles contre les prévenus. L'avocat de la SEPANSO, Me François Ruffié, a dénoncé une "destruction de la nature, de la propriété d'autrui et du patrimoine naturel commun". Les deux hommes plaident néanmoins qu'il s'agissait d'un simple "passage à guet" pour traverser le ruisseau, affirmant n'avoir pas conscience de la portée de leurs actes.
La procureure, Amandine Boyer, a requis des amendes significatives : 6 000 euros pour l'agriculteur, dont 3 000 avec sursis, et 4 000 euros pour le conducteur de pelleteuse, également avec sursis. La décision sera rendue le 18 juin, alors que ce conflit met en lumière des problèmes plus vastes d'aménagement du territoire et de préservation de l'environnement.







