Les récentes révélations sur l'Ordre des médecins font l'objet d'une attention particulière de la part de l'Inspection générale des finances (IGF). Un rapport préliminaire, divulgué par le Canard enchaîné, dénonce un mode de vie extravagant, financé par les cotisations incontournables des médecins.
Les pratiques discutables sont mises en lumière dans le rapport, qui pointe des frais allant jusqu'à plusieurs milliers d'euros en taxi, des voyages en classe affaires, et même l'acquisition d'une villa avec piscine dans les Alpes-Maritimes pour 3,9 millions d'euros. Cette propriété, destinée à seulement sept équivalents temps plein, soulève de nombreuses questions sur la gestion des fonds. Avec un budget annuel se chiffrant à 111 millions d'euros, dont 105 millions proviennent des cotisations des médecins, des doutes se posent sur les priorités financières de l'Ordre.
Dépenses inquiétantes
Les indemnisations des 3 327 conseillers ordinaux ont atteint 13,7 millions d'euros en 2024, affichant une hausse de 9 % par rapport à 2021. Les 58 membres du conseil national, à eux seuls, ont reçu en moyenne près de 66 000 euros chacun en rémunérations et frais.
Parmi les faits alarmants mentionnés dans le rapport, on trouve l'organisation d'un congrès en novembre 2024 pour la somme exorbitante de 1,7 million d'euros, représentant plus de 2 000 euros par participant. De plus, près d'un quart des dépenses aurait été réalisé en dehors des règles de commande publique, ce qui témoigne d'un défaut de contrôle à divers niveaux, tant national que départemental.
La sécurité des patients mise en péril
Un des aspects les plus préoccupants du rapport est l'inaction apparente de l'Ordre face aux signalements concernant certains praticiens. En dépit d'une condamnation depuis 2005 pour détention d'images pédopornographiques, Joël Le Scouarnec n’a pas fait l'objet de sanctions, illustrant une clémence qui contraste avec la rigueur souvent appliquée aux médecins concernant des pratiques telles que l'homéopathie.
Des avis de médecins, recueillis anonymement, parlent d'un rapport "sans appel". L'un d'eux décrit l'institution comme "endogamique", faite d'une "bourgeoisie locale" déconnectée des réalités des praticiens. Malgré les intentions annoncées par le nouveau président Stéphane Oustric pour propulser l'Ordre vers une modernisation, les changements attendus semblent lents et incertains.
Face à ces révélations, l'IGF recommande de regrouper les conseils au sein d'une unique structure et de mettre en place des mécanismes de contrôle renforcés. Des acteurs de la société civile doivent aussi être intégrés dans la gouvernance de l'Ordre pour recentrer son action sur la sécurité des patients. Les avis mesurables sur le contrôle, le traitement des plaintes et la discipline sont également soulignés comme essentiels.
Contacté par la Dépêche du Midi, le Conseil national de l’Ordre des médecins a choisi de ne pas commenter ces accusations, affirmant que "nous respectons pleinement le cadre de cette procédure républicaine".







