Le second tour de la présidentielle colombienne opposera la gauche au pouvoir et la droite dure, dans un contexte critique marqué par une escalating violence des groupes armés, inédite depuis une décennie. Les résultats préliminaires publiés dimanche révèlent que l'avocat millionnaire Abelardo de la Espriella, admirateur de Donald Trump, se positionne en tête avec 44% des voix, contre 41% pour Ivan Cepeda, sénateur et philosophe, héritier politique du président sortant Gustavo Petro, alors que 99% des bureaux de vote ont été dépouillés.
Le second tour est prévu pour le 21 juin, tandis que la sénatrice de droite Paloma Valencia, soutenue par l’ex-président conservateur Alvaro Uribe, peine avec moins de 7% des suffrages.
Malgré l’accord de paix historique signé il y a dix ans entre l’État colombien et la guérilla des Farc, des zones du pays restent sous l’emprise d’une multitude de groupes armés, qui dominent la production mondiale de cocaïne. À Uribia, près de la frontière avec le Venezuela, les électeurs expriment des demandes de sécurité accrue et de création d’emploi, tout en souhaitant une meilleure prise en compte des communautés autochtones.
Viviana Jayariyu, enseignante wayuu, aspire à un avenir meilleur : "qu'il n'y ait plus autant de violence, en particulier dans les zones rurales". Les deux candidats devront donc trancher sur la stratégie à adopter face à un conflit armé qui perdure depuis six décennies : maintenir le dialogue avec les groupes armés, comme l’a prôné Gustavo Petro, ou recourir à des actions plus musclées.
Les analystes, comme l'explique un rapport du journal El Tiempo, estiment que le mouvement des groupes armés a prospéré à la faveur des négociations de paix en renforçant leur influence sur le territoire.
- En finir avec la violence -
Gustavo Petro, premier président de gauche du pays, ne peut se représenter en raison d’une interdiction constitutionnelle. Toutefois, il reste populaire, notamment parmi les classes défavorisées, grâce à ses mesures en faveur de l’augmentation du salaire minimum et des programmes sociaux dans un pays noté pour ses inégalités économiques.
Son successeur présumé, Ivan Cepeda, défenseur des droits de l'homme, mise sur une continuité des réformes sociales et un engagement renouvelé dans les pourparlers. "Avec Petro, nous avons beaucoup avancé dans des domaines comme l’éducation et la défense des droits humains", affirme Pedro Barragan, professeur à Bogota.
Abelardo de la Espriella, surnommé "Le Tigre", promeut un discours radical en promettant la défaite définitive des organisations criminelles. Se déclarant comme un "outsider", il s’appuie sur une rhétorique de force déjà testée avec succès dans d'autres pays de la région.
Admirateur de figures comme Donald Trump et Nayib Bukele, il propose des politiques drastiques, telles que la construction de nouvelles méga-prisons et des frappes aériennes contre les trafiquants, tout en qualifiant cette élection de "bataille la plus importante de l'histoire de la république".
Sa partisane, Catalina Devia, dénonce le gouvernement Petro : "Il a renforcé les groupes armés en se montrant laxiste". La journée électorale s’est néanmoins déroulée dans le calme, avec la mobilisation de plus de 400 000 membres des forces de l’ordre pour assurer la sécurité des électeurs.







