Dimanche, les citoyens du Kosovo ont exercé leur droit de vote lors de ces troisièmes élections législatives en à peine seize mois. Cette répétition d'élections alimente une frustration palpable parmi la population.
Depuis les élections de février 2025, le Parlement est dans une impasse. À l’époque, le parti Vetëvendosje (VV), dirigé par le Premier ministre social-démocrate Albin Kurti, avait remporté une majorité relative sans parvenir à former un gouvernement.
En réaction à des mois d'inefficacité politique, des élections anticipées ont été convoquées en décembre où VV a à nouveau terminé en tête, cette fois avec un score surpassant 51%. Cependant, une nouvelle impasse a vu le jour autour de l'élection du président de la République, un poste essentiellement symbolique mais qui a divisé les députés.
"Ça suffit!" s'exclame Gezim Selimi, 66 ans, enseignant à la retraite, au moment de voter à Pristina. "J’espère que nos dirigeants trouveront un moyen de servir le Kosovo, au lieu de se débattre pour le pouvoir. Ces élections anticipées sont une perte de temps," a-t-il confié à l'AFP.
Miranda Fazliu, programmeuse, partage cette lassitude générale. "Je n'ai pas l'intention de voter. Franchement, je pense que cela aboutira aux mêmes résultats que précédemment," a-t-elle rapporté dans les rues de la capitale.
L'analyse électorale menée par le réseau d'ONG Democracy in Action souligne que les partis politiques réemballent des promesses anciennes concernant l'énergie, les salaires et les infrastructures, sans véritable innovation.
Les experts demeurent sceptiques quant à la possibilité d'une issue favorable à cette crise politique. Ardi Uka, analyste en économie politique, indique que le Kosovo est piégé dans un cycle comparable à ceux observés en Belgique et en Bulgarie, deux pays historiquement confrontés à des difficultés similaires pour former un gouvernement.
Pour Safet Gerxhaliu, professeur, l’État est englué dans une "crise systémique, politique et institutionnelle", rendant les élections successives inévitables. "C'est indéniablement la plus profonde crise que le Kosovo ait affrontée depuis sa déclaration d'indépendance vis-à-vis de la Serbie en 2008," a-t-il déclaré.
La campagne électorale a aussi été assombrie par une inflation qui, en janvier, dépassait les 5%, amplifiée par la hausse des prix alimentaires, d’après le FMI. La vie quotidienne des habitants devient de plus en plus coûteuse, témoigne Faton Kryeziu, un artiste qui lutte pour vendre ses créations. "Je n'ai jamais vécu de moment aussi difficile," confie-t-il.
Cette élection coûtera au pays plus de dix millions d’euros, un fardeau énorme pour une nation parmi les plus pauvres d’Europe. L’architecte et sociologue Fjolle Caka regrette cette dépense d’argent public pour des résultats similaires. "Avec ce budget, combien d'emplois auraient pu être créés?", interroge M. Kryeziu.
Cette crise politique a également compromis l’accès aux fonds européens associés au plan de croissance de Bruxelles pour les Balkans. Jusqu’à présent, le Kosovo n’a reçu que 62 millions d’euros des 980 millions prévus, financements qui doivent être débloqués en contrepartie de réformes concrètes.
Les 2,1 millions d’électeurs avaient jusqu'à 19H00 (17H00 GMT) pour voter. Les résultats préliminaires seront connus dans la soirée, mais l’incertitude plane sur l’avenir politique du pays.







