Mobilisation contre la ligne à haute tension : un cri d'alarme des agriculteurs

Une vaste mobilisation se prépare pour défendre l'environnement et l'agriculture.
Mobilisation contre la ligne à haute tension : un cri d'alarme des agriculteurs
Cyril Marès est un membre actif de THT 13-30 M.L - Alissandre Allemand

Ce lundi 8 juin, une manifestation significative est prévue à Arles pour s'opposer à la controversée ligne à très haute tension (THT) de 400 000 volts reliant Jonquières-Saint-Vincent à Fos-sur-Mer.

Pourquoi choisir cette date spécifique ?

Cette journée a été retenue car c'est à ce moment que les agents de RTE, responsables de ce projet, pourront pénétrer sur les terres sans préavis, comme le stipule un décret de 2023 que nous n'avons pas pu contester à temps. Ce manque de communication est inacceptable et contrevient à nos droits. En tant que viticulteur, je ne tolérerais pas que quelqu'un accède à mes terres suite à un traitement de mes vignes sans être informé à l'avance.

Quelles sont les raisons de la colère face à ce projet ?

En 2024, nous avons découvert le projet de RTE pour la ligne aérienne de 400 000 volts entre Jonquières-Saint-Vincent et Fos-sur-Mer, qui impliquerait l'installation de près de 180 pylônes, atteignant jusqu'à 90 mètres de hauteur. Ce tracé traverserait une zone sensible, incluant des parties de la réserve naturelle du parc de Camargue ainsi qu'une portion significative de l'appellation Costières-de-Nîmes, ce qui serait une véritable aberration.

Quel impact pour les viticulteurs ?

Bien que cette ligne ne porte pas directement atteinte à la culture de nos vignes, elle mettrait un coup fatal à l'oenotourisme, un élément essentiel pour la survie de nos exploitations. La ministre de l'Agriculture a récemment annoncé une enveloppe de 10 millions d'euros pour encourage ce secteur. D'autre part, les conséquences sur le paysage ainsi que sur la biodiversité, en particulier les oiseaux migrateurs, seraient désastreuses.

Quel a été le retour de la CNDP sur ce projet ?

La Commission nationale du débat public a, dans son rapport de septembre 2025, recommandé d'explorer des solutions alternatives, telles que l'enfouissement d'une partie de la ligne. Ce rapport, issu d'une commission indépendante, est clairement dans le sens de les opposants au projet. Il a soulevé des demandes de précisions sur les besoins futurs en électricité et a suggéré un programme de réindustrialisation et de décarbonation de la zone de Fos-Berre.

RTE a-t-il pris en compte ces recommandations ?

Non, RTE a décidé d'ignorer entièrement ces conseils. Le dossier n'a pas été examiné et les coûts réels de l'enfouissement ont été déformés. Cela soulève des questions sur l'intégrité du processus.

Une ligne ''nécessaire'' selon Emmanuel Macron

Le président a martelé son soutien pour ce projet en le qualifiant de nécessaire. Cependant, il fait face à une opposition croissante. Récemment, 15 ONG ont appelé à l'abandon de cette initiative, et l'agriculture locale a prévu d'utiliser tous les recours possibles. L'agglomération d'Arles a même engagé un avocat renommé pour défendre ses intérêts. Cette ligne est impensable pour un bon nombre de citoyens.

Pourquoi accepte-t-il de porter la voix des agriculteurs lors de cette manifestation ?

Nous partageons tous les mêmes préoccupations. Les agriculteurs, les maires et les défenseurs de l'environnement sont tous opposés au projet, et c'est ahurissant que les préoccupations locales soient ignorées. À partir du 2 juillet, un décret annoncera les changements législatifs qui réduiront notre capacité à contester les décisions relatives à ce dossier.

Quelles implications pratiques cette situation aurait-elle ?

Nous serons contraints de développer un important travail juridique et de suivi concernant la révision de certains PLU pour permettre le projet. Avec seulement deux mois pour contester, le temps est compté. En cas de contestation, le juge disposera de 10 mois pour statuer sans possibilité d'appel.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Nous espérons que l'opinion publique se mobilise contre ce projet. Notre but est de voir tous les Gardois, les Bucco-rhodaniens et tous les Français se rassembler pour dire non. Ce projet constitue un préjudice environnemental inacceptable. Nous sommes prêts à discuter et à faire des concessions si un dialogue est amorcé.

Biographie

Cyril Marès, 57 ans, est la septième génération de vignerons de sa famille, ayant plus de 200 ans d’histoire dans le vin. Son père a établi la tradition familiale sur le terroir Costières de Nîmes au Mas des Bressades dans les années 60. Le domaine, certifié bio depuis 2020, produit 250 000 bouteilles par an, en trois couleurs, tant sur l’appellation Costières de Nîmes que dans le Gard. Ses vins sont vendus à l'international. Ingénieur agronome de formation, Cyril Marès a été élu président du syndicat des Costières de Nîmes en 2023.

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